Lettre à mon fils!

Mon fils,

D’où je suis, j’ai vu tes peines et tes pertes. Et je compatis. Tes joies et tes espoirs. Je suis si fier de toi. Je vois tes enfants grandir et prendre de l’assurance. Je les vois s’épanouir et devenir des gens bien. Avec des rêves, des convictions et des principes. Je te vois éprouver tant de déception de voir ta fille prendre un chemin incertain, mais surtout, je te vois soutenir ses rêves à bout de bras. Je te vois l’épauler du mieux que tu peux. Je te vois tenter de créer des liens incassables avec le fils qu’il te reste. Tes yeux remplis de fierté pour lui. J’ai vu tes larmes de paniques quand ils partaient en missions hors du pays. Fils, Dieu seul sait à quel point j’aurais voulu être à tes côtés dans ces moments de craintes. Comme j’ai eu peur pour toi et ta sœur quand j’ai dû partir.

Mon fils,

Jour après jour, je te vois devenir un meilleur père. Meilleur que moi. Un père que je n’aurai jamais l’occasion de devenir. Nous avons perdu tant de temps. Il m’arrive de regarder tes enfants et de verser des larmes incontrôlables. Les hommes de notre famille ne sont pas étanches, tu le sais.

Mon fils,

Tu es plus alerte aujourd’hui que n’ai eu le temps de l’être dans toute mon existence. Sois convaincu que j’en suis très fier. Heureusement, tu n’as pas la science infuse. Ta science n’est pas plus parfaite que celle de ton entourage ou que celle de tes enfants. Ne l’oublie jamais. Je suis obligé de te l’avouer, car je les vois pleurer parfois. Ta fille, souvent. Regretter que tu ne les écoute pas vraiment. Avoir peur de te parler, de se confier. Ton caractère en impose, mais n’oublie jamais qu’ils ont en eux ce pouvoir de te surprendre et de tenir tête à tes opinions. Je vois tout ça la haut. Ils te respectent à leur façon, t’aiment de tous leur cœur sans condition, mais te craigne aussi, inconsciemment.

Je veille sur toi et sur eux et je ne pourrais t’aimer plus que je ne le fais déjà. Pourvu que ce message te parvienne. Que mon amour perce en toi. Qu’il t’offre la force de tout affronter dans l’avenir.  

Mon fils,

Tu as ce grand cœur que beaucoup n’ont pas. Que nombre d’entre eux ne méritent pas non plus. Fait en juste usage et protège encore les intérêts de ta famille à défaut de ceux que je n’ai pas su protéger assez longtemps de mon vivant.

Prend soins de toi, mon garçon adoré!

Papa

Bel amour!

Ce matin-là, j’avais 7 ans. Je me suis levé à cause de maman comme d’habitude. Je ne serai jamais capable de me lever tôt, c’est fou. Je suis allé à la salle de bain, j’ai fait mon pipi du matin, je me suis brossé les dents parce que papa refusait catégoriquement que je descende sans avoir d’abord suivit cette étape au préalable. Je suis retourné dans ma chambre pour m’habiller et j’ai entendu un jappement dehors. Je suis allé à la fenêtre et je t’ai vu en position d’attaque, en train de te chicaner avec un corbeau. J’ai ris un peu et j’ai fini d’enfiler mon t-shirt et mes bas avec des bonhommes sourires.

                Je suis descendu et deux pains grillés au beurre de peanuts coupé en triangle m’attendaient dans mon assiette Cailloux jaune et rouge avec deux pilules Pierrafeu  juste à ma place. Quand je me suis assise à table, maman m’a servi un verre en plastique bleu nuit rempli de lait.

                Papa, assis sur sa chaise, feuilletait le journal du matin. Quand il m’a vu, il m’a servi un grand sourire et une phrase nulle du genre : Hey, la marmotte, bon matin. Je me suis souvent dit qu’il était trop heureux le matin. Ça ne m’était pas du tout contagieux son bonheur matinal, ça m’agaçait à cette époque. J’ai grogné un coup, puis j’ai avalé mes pilules et j’ai créé une scène théâtrale avec mes triangles grillés. Oui. Je faisais se parler mes toasts. Toi tu ne m’a jamais vu faire alors je te le dis. Où sans doute que oui. Tu a dû me voir faire pareil avec mes grosses roches que je ramenais de la plage de La Pointe.

                J’ai terminé de déjeuner pour remonter dans ma chambre chercher mon sac d’école. L’autobus devait surement passer environ une quinzaine de minute plus tard. J’ai enfilé mes chaussures et mon sac et avec mon frère, on ait sorti. Nous sommes allés te rejoindre pour attendre notre transport avec toi. Soi t’était vraiment content de nous voir, soi t’espérait qu’on te refile une nouvelle gâterie à grignoter. Je t’ai pris dans mes bras, j’ai caressé ton beau poil dru tout noir. J’ai admiré ton collier de poil tout blanc ornementé de pois noir, le bout de ta queue était du même motif mignon, tout comme le bout de tes pattes, ton museau et ton ventre. Tes couleurs étaient à l’image de ton ascendance de dalmatien et ta force comme ta carrure, à l’image de ton côté boxer.

                L’autobus à finit par se montrer et je t’ai embrassé une dernière fois sur la tête avant de partir. Assise sur mon siège habituel, je t’ai vu hurler vers nous et je t’ai envoyé la main. Tu sais, la majorité des personnes que je connaissais dans l’autobus avaient peur de toi. Tu grognais souvent devant les étrangers, tu jappais, tu sautillais, tu mangeais des boules de neige au vol l’hiver. Bon ça ce n’est pas effrayant, c’est juste trop mignon. Ce que je veux dire, c’est que souvent, les gens ne se fient qu’à la première impression. Moi, nous, ta famille, on savait que tu étais joueur, que même si tu leur semblais agressif et malin, tu étais doux, amical, obéissant et très protecteur. Une perle, mon chien.

                Ce jour-là, la journée s’est déroulé comme d’habitude, exactement comme d’habitude. Je ne pourrais pas me souvenir de tout, parce que je crois que ce moment scolaire ne m’a pas tellement marqué. En revenant à la maison tu étais couché au fond de la cours et tu as relevé la tête quand tu nous a vus. On s’est rué sur toi pour t’embrasser avant de rentrer. On t’avait laissé parce que tu nous semblais fatigué. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je t’aurais emmené avec moi à l’intérieur, mais d’après papa, tu n’étais pas un chien de maison. Et puis, franchement, tu te faisais bien vieux, 12 ans et encore en forme le matin, mais la vieillesse c’est dure pour tous.

                Je ne me rappelle pas ce qu’on a mangé pour le soupé, mais à la fin, on s’est levé pour aller regarder la télévision. Mon frère est monté dans sa chambre, quant à lui. Une ou deux heures plus tard, je ne me souviens plus très bien, papa s’est levé, a mis dans une assiette les restes d’os à moelle pour te les rapporter. Une minute plus tard, il est revenu et à déclarer un conseil de famille pour nous parler. Grand frère est descendu et s’est installé à côté de moi. Papa avait toujours le plat d’os dans les mains et il avait l’air troublé. Lentement, il a sorti une partie d’une grosse chaîne de sa poche de manteau. Celle qui te tenait enchaîné à ta niche. Chaque anneau de fer était épaisse d’au moins un centimètre, je crois, peut-être un centimètre et demi. Pourtant, tu avais réussi à la casser en la rongeant et ce soir-là, tu avais disparu.

                Quelques jours plus tard, en se rendant sur le terrain de camping où nous étions saisonniers, papa t’a trouvé blottis contre une roue de la roulotte. Celle qui se trouvait la plus proche de la galerie. Comme tu semblais ne pas vouloir obéir et sortir de ta planque, il a dû fixer la roulotte à la boule de transport derrière la voiture pour la déplacer. Ça ne t’a pas fait broncher, mais papa s’est vite aperçu que ce qu’il restait de toi n’était que ton pauvre corps sans vie. Toi, tu nous avais déjà quittés depuis longtemps. Alors que tu avais passé ton existence à faire de ton mieux pour tenter de nous protégé, ton dernier geste eu été de te retirer pour partir mourir dans la plus grande des paix. Je ne pourrai jamais t’en vouloir de nous avoir quitté, d’avoir préféré rendre ton dernier souffle seul avec toi-même, dans la tranquillité. Tu nous as offert de belles années de bonheur et de richesse sur tous les points. Nous t’en sommes infiniment reconnaissants et j’espère que tu reposes en paix aujourd’hui.

Mon amour, mon merveilleux chien, tu es irremplaçable. 

Je me demande...

Cher grand-père, (non)

Très cher grand-père… (non plus)

Yo papi (trop bizarre)

Grand-papa (mmmm)

J’ignore comment t’appeler. Peut-être que si on s’était déjà rencontré, j’aurais su. Tu es mort avant ma naissance. Vraiment longtemps avant ma naissance, papa n’était pas en âge normal d’avoir des enfants. Je t’aime quand même. J’ignore pourquoi je t’aime, mais je t’aime. Tu ne le sais peut-être pas, mais moi, je suis ta petite fille. Ta petite fille qui t’aime et qui pense à toi, même si elle ne sait pas vraiment à qui elle pense ni pourquoi elle le fait, mais je pense quand même à toi.

Je m’imagine notre relation si tu avais été là. Je me demande parfois si tu aurais été fier de moi. Fier de ce que je suis, de comment je suis, de ce que je fais. Je me demande si tu m’aurais aimé, si j’aurais été assez bien pour toi. Ton fils, mon père, m’a quelque fois parlé de toi. Ça m’a donné envie de te rencontrer. Je sais que ça n’est pas possible, mais ça m’aurait fait tellement plaisir. J’aurais aimé te voir et te demander des conseils et faire des choses avec toi. Tu sais? Développer une vraie relation grand-père et petite fille avec toi.

Je n’ai pas manqué d’amour de grand-père, rassure-toi. J’ai mon grand-père du côté de ma mère et puis ton frère à toi, qui a fait office de grand-père pour moi alors que tu n’étais pas là. Malheureusement, ce n’est pas la même chose. Même si je l’ai aimé comme mon grand-père, ce n’était que mon grand-oncle. Mon vrai grand-père, c’est toi. J’ai vu des photos de toi et j’aurais tellement aimé te rencontrer en vrai.

Nous n’avons pas pu nous connaître dans cette vie, mais peut-être en aurons-nous l’occasion dans la prochaine. Il y a seulement une chose que je me demande. Est-ce que, là où tu te trouves, tu veille sur nous? Est-ce que tu veille sur moi? Est-ce que tu sais que j’existe?

Bisous!

Elle tourne la page!

Cher toi, 

En fait, je dis -chers toi- juste pour être poli, mais je suis épuisée du nombre de chance que je t'ai offerte, du nombre d'occasion que tu as eu pour que tu mettes les choses au point et que tu as gaspillé. Je suis épuisée que tu n'aies pas su profiter de ces moments où je t'aimais, où je te faisais confiance, où j'avais encore de l'estime pour toi.

J'ai passé trop de temps à me dire que c'était de ma faute. Que tes remarques, tes tromperies, tes jalousies excessives, tes coups, c'étais peut-être parce que j'avais fait quelque chose de mal.

Trop de temps perdu à t'excuser, à te défendre auprès de mes amis qui m'avaient avertis, alors que je n'aurais peut-être pas dû. Alors que je voulais juste croire que tu n'étais pas le genre de gars à l'infidélité, à la violence verbale, à la jalousie maladive. J'ai pardonné trop de fois. Je suis épuisée. Je ne te demmande même pas de me pardonner, mais nous deux, c'est définitivement terminé.

Moi

Je t'aime tant!

Chère grand-mère,

                Tu sais, j’aimerais m’excuser. Je n’ai pas su pleurer le jour de notre dernière rencontre. Je n’ai pas su comment t’aimer ce jour-là. Mes larmes étaient simulées, c’est un masque que j’ai revêtu. Papa pleurait à mes côtés, il perdait sa mère. Ma tante aussi était dévastée, elle avait donné tellement de son temps pour s’assurer que tu allais bien en tout temps et voilà que tu pars. Maman et ton petit fils étaient également tristes, je le voyais bien. Moi, je n’arrivais pas à invoquer de véritables larmes. Sans doute que le temps qui nous a séparée, m’a rendu indépendante à toi.

                Peut-être aussi que je t’en veux. Que je t’en veux parce que tu pars et que tu ne gardes rien de moi. Je sais que ce n’est pas ta faute, mais j’ai de la peine, grand-mère. J’ai de la peine, parce que plusieurs années se sont écoulées sans qu’on puisse te voir. Papa ne voulait pas. Il disait qu’il fallait qu’on garde de bons souvenirs de toi. Mais à quoi bon, puisque tu n’en faisais et tu n’en aurais jamais fait autant. Peut-être que ce temps passé m’a habituer à ton absence et que mes larmes sont épuisées depuis déjà très longtemps.

                Je n’ai pas été triste d’apprendre que tu nous avais quittés, parce que je crois que pour moi tu étais déjà parti depuis de nombreuses années. La dernière fois que je t’ai vu en vrai, tu commençais déjà à être perdu. Dans tes yeux, il n’y avait déjà plus rien. Tu étais mêlée, tu répétais plusieurs fois la même phrase, tu t’angoissais pour peu et tu avais de la difficulté à tenir une conversation censée. Déjà, tu commençais à devenir une étrangère pour moi. Je m’excuse, parce que papa disais qu’il fallait te regarder,  te prendre dans nos bras et te parler, comme si tout était normal, pour que tu ne te sente pas mal à l’aise ou coupable. Tout n’était pas normal. Je n’osais pas te regarder, je n’osais pas te parler, papa devait me dire quoi faire. Quoi mettre dans ton assiette, quand remplir ton verre, quand te faire un câlin, quand être une bonne petite fille.

                Pourtant, ma grand-mère à moi est énergique et joyeuse. Elle a toujours une blague en réserve et un rire contagieux et rauque qui trahit son addiction pour la cigarette. Ma grand-mère à moi, elle met tellement de rouge à lèvre qu’il y en a toujours un peu sur ses dents et quand elle nous embrasse, la trace de ses lèvres reste imprégnée sur notre joue. Ma grand-mère à moi aime danser et faire la folle. Ma grand-mère à moi est un peu bébé, mais sa famille est ce qu’elle a de plus cher. Ma grand-mère à moi… n’est pas femme à oublier ses petits-enfants. Elle n’est pas femme à oublier son fils et sa fille.

                Je suis triste, tu sais. Tu es morte, alors que tu ne te rappelais même pas l’allure de ton propre visage dans la glace. Je suis triste, parce que tu es morte la tête vide et perdue. Je t’aime, grand-mère, de tout mon cœur et c’est quand je réfléchis à toi et tout ce que tu as perdu, c’est moment heureux, dont je me souviens, mais que toi tu ne te souviens plus, c’est là que je me mets à verser une vraie larme pour toi. Pour tout l’amour que j’ai pour toi, mais que je dois refouler, parce que tu n’es plus.

                J’ai de la peine, grand-mère, si seulement tu te souvenais comme je t’aime!

                                                                                                                  Ta petite cocotte!