12. nov., 2018

Partie 33

Je me réveille fatiguée et le visage humide de sueur. J’ai la joue tatoué par la forme des ciseaux. J’ai passé la nuit à découper, recoudre et déchirer des bouts de vêtements. En jeter d’autre. Tout ça pour m’assurer que les racines sur ma peau ne se verraient jamais. La totalité de mes t-shirts à manches longues ont un bout de tissu en plus qui recouvre assez ma main droite pour cacher l’horreur. Ça fait une sorte de triangle de chaque côté de ma main se fixant autour de mon majeur, comme un bracelet et une bague à la fois.

            J’enfile l’un d’eux avec un jean long et des bottillons à cap d’acier. Je descends vers la véranda en passant par la cuisine et croise Alphonse que j’ignore avec une boule de ressentiment coincé dans la gorge. Il me regarde un instant et au moment où il commence à parler, je quitte la pièce avec une poire dans la bouche. Je me demande vraiment pourquoi je perds mon énergie à chercher ses regards. Je sors de la grande maison et aperçois Caleb en train de m’attendre en bas des marches.

            -Tu as disparue, hier, lance-t-il sans équivoque.

            Je descends en ralentissant ma course.   

            -Désolé, j’avais besoin de rester seule.

            -Je me suis inquiété.

            -Je vais bien.

            J’hésite un peu.

            -Je mangerais bien un pain au fromage.

            Caleb relève les yeux et son regard triste fait place à son naturel sourire chaleureux qui se dessine sur ses lèvres petit à petit.

            -Très bien.

            Il attend que je sois à ses côté pour commencer à marcher vers le village des dépendances. Je ne suis pas aveugle. Je vois bien qu’il s’inquiète. Il ne fait que ça depuis notre rencontre devant l’école. Ça contraste avec son image de dur à cuire qu’il arbore avec ses amis. J’aimerais qu’il ait se sourire constamment, mais il faut croire qu’il ne peut pas s’empêcher de s’inquiété. Jed ne s’était jamais inquiété comme sa avec moi. Il avait confiance. En même temps, même si bien sûr, il considérait son rôle de me réconforter quand ça n’allait pas, il n’a jamais eu ce regard qu’à Caleb quand il me voit. Est-ce que c’est une question de sang? Je ne sais pas.

            Nous arrivons chez la boulangère, enfin.

            -Bonjour, les jeunes, je vous sers la même chose que d’habitude?

            -Oui, dis-je en chœur avec Caleb.

            Nous attendons quelques minutes et sortons avec notre déjeuner. Nous devons, encore aujourd’hui, nous entrainer au tir, donc nous nous dirigeons vers la pergola derrière la maison.

            Dale apparaît alors d’entre les arbres avec sa clique dont les noms me sont inconnus, mais bien indifférents.

            -Tiens, tiens, dit-il en s’approchant avec un sourire amusé et dédaigneux à la fois. La pleurnicharde est de retour. On commençait à croire que tu finirais enfin par partir. La normale.

            -Laisse-nous, mec, interviens Caleb.

            Je lui presse l’épaule quand il se ramène devant moi et me fraie un chemin vers Dale.

            -Je suis heureuse d’être normale, dis-je avec une légère douleur dans le cou, si être magique, c’est devenir aussi con que toi.

            Sa mâchoire ce serre.

            -Tu sais, ton petit Caleb pleurait comme une madeleine. Maman, maman, on doit retrouver Alice. Où peut-elle bien être? Ha ha! Pathétique. Mon pote tu es bien le seul à te faire du souci pour cette saleté de normale.

            Je l’aurais frappé de mes propres mains, mais Caleb me devance et lui assène un coup tellement violent que Dale titube avant de se fracasser le dos contre un arbre derrière lui. Il y a une plais ouverte sur sa lèvre inférieur. Dale se redresse en l’essuyant du révère de la main. Il grogne pendant une fraction de seconde puis repart en maugréant, suivit de sa bande.

            -Je vais pas me battre avec toi, mec. Moi, je sais garder le contrôle. 

            Je baisse les yeux, la main de Caleb est rouge, surtout ses jointures.

            -Ce n’était pas nécessaire, je peux parfaitement me défendre toute seule.

            -Il est hors de question que qui que ce soit te parle de cette façon.

            -Je t’ai dit que je ne te demandais pas de me protéger.

            -Tu crois que je n’ai pas entendu ce pégase autour de la maison, hier soir?

            -Heuh…!

            -Tu es sorti du domaine? Tu sais que c’est dangereux? On aurait pu vous voir. Tu aurais très bien pu tomber, être blessée.

-J’ai l’air blessée?

-Non, mais ça aurait pu mal tourner.

            J’ai un pincement au cœur. Non, je ne dois pas lui dire ça.

            -Je te dis que je vais bien.

            -Tout le monde s’inquiétait. Maman, Nellya, Agatha, grand-p…

            -NON, le coupai-je en hurlant d’une voix tremblante, N’ESSAIE PAS DE ME FAIRE CROIRE QU’ALPHONSE AIT DAIGNER LEVER NE SERAIT-CE QU’UN SEUL PETIT DOIGT POUR MOI.

            -Alice, souffle-t-il avec compassion.

            Sa voix prend une teinte plus posé et désarmé. La mienne sanglote et mes yeux se ferment sous le poids de mes larmes.

            -Non, grimaçai-je, il ne m’aime pas. Il…

            J’éclate en sanglot sur l’herbe humide. Je sens alors les mains de Caleb toucher lentement mon dos.

            -NE ME TOUCHE PAS, criai-je.

            Il retira sa main. Mon souffle se fit lent. Tremblant!

            -Ne me touche pas…