6. déc., 2018

Partie 34

Alice est bizarre, aujourd’hui. Je ne l’avais encore jamais vue perdre son calme de cette façon. Elle m’a fait de la peine. J’arrive dans la dimension artificielle où sont cachées les armes magiques. Après sa crise de tout à l’heure, j’ai jugé qu’il serait préférable de la laisser tranquille pour aujourd’hui. Je me demande ce qu’il lui est arrivé hier. C’est que j’aimerais qu’elle me parle davantage, mais la vie est ce qu’elle et je ne suis pas aussi proche d’elle que le sont les gens avec qui elle a grandi au Québec.

            La dimension parallèle où se trouvent les armes est faite étrangement. L’espace est plongé dans le noir, les seules choses visibles sont de larges sphères lumineuses flottant contre la gravité, et c’est celles-ci qui contiennent toute les armes magiques entreposés au Domaine. Ce lieu n’est heureusement accessible que d’ici, au domaine, une mesure qui empêche toutes personnes potentiellement mal intention d’y avoir accès d’une autre dimension. Pour pouvoir profiter du jour de congé d’Alice pour m’entraîner, je dois trouver la sphère qui protège mon arme. Sécurité supplémentaire, elles ne cessent de bouger. Elles ont leur propre conscience. La trouver fait partie de l’entrainement, un échauffement quotidien.

            Normalement, ma sphère a des teintes de vert et de blanc et passe sa vie à se cacher. À tous les coups, je vais la trouver en train d’essayer de se confondre avec une autre sphère. Je finis par l’apercevoir et elle essaie effectivement de se cacher, mais la sphère bleu-turquoise qu’elle suit semble ne pas vouloir d’elle autour. Je m’approche et touche la lumière pour l’immobilisé permettant à l’autre de partir. Elle laisse s’échapper une sorte de couinement étoilé et j’en extrais la lame de mon sabre par le fourreau et sort de la dimension en utilisant la faille par laquelle je suis entrée. Au moment où j’arrive dans la salle des Brèches, une voix m’interpelle.

            -Mec, je croyais qu’à cette heure tu étais avec Alice.

            Beck avance vers moi et m’attrape l’épaule avec force pour me saluer.

            -Je l’ai laissé aller, elle a fait une sorte de crise tout-à-l’ heure, j’ai pas tout compris.

            -Parait qu’elle a disparu, hier. Tu sais ce qui s’est passé?

            -Aucune idée et ça me tue, ça a eu l’air de la bouleverser.

            -Ouais, je comprends. Enfin, j’ai pas de sœur, mais tu vois…?

            -Ouais, ouais.

-C’était peut-être juste un mauvais jour, ça va passer, non!

-Ça fait peu de temps que je la connais, mais de ce que je sais, elle crise pas pour rien.

-T’es trop protecteur, mec. Laisse là respirer!

Je prends une grande inspiration et tente de me remettre les idées en place. Pourquoi suis-je venu à la base? Le message de mon père. Ce sera un entrainement parfait.

-Je pars en mission d’entraînement, tu m’accompagnes?

Beck hoche la tête avec enthousiasme, il est toujours prêt pour des nouvelles missions à travers les dimensions. En général, il en profite pour ramener des créatures blessées en tout genre. Tout pour en sauver le plus possible. Un Norbert Dragonneau des temps modernes.

-Tu vas où?

-Ombral, mon père m’a fait parvenir un message. Le village d’Akar aurait été envahi pour un groupe de créature des ombres.

-Ils n’ont pas une sorte de sorcière pour faire ça? Elle fait pas son boulot.

-La dite « sorcière » ne serait pas la pseudo-sœur de ton chers Xal? Une chance qu’il n’est pas là pour t’entendre.

-« Pseudo » étant le mot clé. Elle l’a abandonné, c’est dégueulasse. J’ai ni frère ni sœur et même moi, je ferais un meilleur boulot qu’elle pour les protégés.

-Bon, tu viens ou pas? Insistai-je avec impatiente.

-Oui. Oui. Je vais chercher mon arme, articule-t-il avant de disparaître dans la brèche.