Chronique

5. août, 2020

Je ne m’explique pas pourquoi j’ai tant de mal à révéler ce que je suis. Je me suis senti si proche de mon père quand j’ai touché cet arbre. Pour la première fois dans ma vie, je me suis réellement senti proche de lui. Nous étions connectés. En phase l’un avec l’autre. Je sais qu’Alphonse ne l’aime pas. Je me demande d’ailleurs s’il savait pour les pouvoir de mon père. Il l’aurait peut-être davantage apprécié. Sans doute m’aimera-t-il si je lui disais. Est-ce que j’ai même le droit d’en parler? 

 

D’un autre côté, je me refuse à nourrir ce sentiment, malgré moi perscistant, d’avoir quoi que ce soit à lui prouver. Je ne veux pas ramper à ses vieux pieds de discriminateur en quête d’un brain d’amour comme un chiot en manque d’attention. Je n’ai jamais été comme ça. Je rage à la pensée de son regard inquisiteur sous lequel je me sens un peu plus pathétique chaque seconde qui passe. C’est peut-être de la fierté mal placée, mais j’aimerais qu’il apprenne à m’aimer pour moi. Parce que je suis sa petite fille, parce que ce genre d’amour devrait être inconditionnel. Qu’il m’aime avec ou sans capacité particulière. Je n’ai pas envie de ternir la mémoire de mon père pour chercher l’affection d’un homme qui ne fait aucun effort.

 

-Bon, m’arrête Nellya, l’après-midi avance vite et j’ai promis à mon père de l’aider.

-Oh! Ok!

-Ça va si je te laisse?

-Bien sûr, vas-y! Il doit t’attendre.

-Je suis heureuse qu’on ai pu passer du temps ensemble, me dit-elle avant de me laisser à l’entrée du village des dépendances.

-Moi aussi, dis-je dans le vent, consciente qu’elle ne puisse plus m’entendre.

 

Je l’observe s’éloigner quelques secondes et prend la route du lac. Je ne met pas bien longtemps à gagner la plage. Je cherche une présence famillière, mais ne perçoi rien. En m’approche de l’eau, je tente la métode de mon inconnu pour établir une vue d’ensemble du secteur en projetant mes racines sous terre. Une douleur aigu m’assaille, mais hypnotisée par le contact émit entre moi et la nature, mon corps refuse de s’arrêter. Il cherche un obstacle. 

 

 

Nous croisons plusieurs créatures de l’ombre sur notre route à la recherche de civils, mais aucun n’est assez fort pour nous mettre la misère. J’entre dans une maison, Beck pénètre la demeure voisine. 

 

-Il y a quelqu’un? Je veux vous sortir d’ici, je cris en fouillant le rez-de-chaussé. 

 

La pièce principal est vide, il y a très peu de meubles. Les gens qui y vivaient devaient être très pauvre. J’entre dans une chambre. Un corps gît sur les draps. Un liquide sombre coule de sa bouche et son visage est recouvert de veines noires. Ses doigts noircient des ongles à la peau reposent au centre de son torse. C’est un homme âgé, mais sa mort n’a rien de naturel. On l’a installé ainsi de manière délibéré. Ceux qui s’en sont chargé l’aimaient. 

 

Un hurlement d’horreur éclate en soubassement de la maison. Je me précipite à la recherche d’une trape me permettant de descendre. Je la trouve dans une petite pièce seulement meublée d’un seau en métal et d’un bassin en bois suffisamment large pour y faire entrer un enfant. Je range mon sabre dans mon dos et utilise l’échelle. La cave ne laisse entrer aucune lumière, mais les tisons qui émanent de mon arme me permettent de voir à plusieurs centimètres devant moi. J’avance prudemment et finis par discerner une ombre d'apparence humanoïde que ma lueur n’arrive pas à dissiper. Puis un grognement rauque tombe et un second cri plus perçant est poussé. Je dégaine mon sabre et fais quelques pas supplémentaires pour révéler les yeux rouge sang d’une créature de l’ombre et une petite fille terrifiée blottie derrière des caisse en bois.

 

Mon sabre enflammé levé, je fend l’obscurité et m’empresse de transpercer l’ombre, mais il esquive avec une contre-attaque. Je fais un 360 sur moi-même pour l’éviter et retente ma chance. Ma lame troue sa tête et poursuit sa course jusqu’à s’enfoncer dans le sol de terre. Le corps glaireux et noirâtre de la créature s’écoule sur mon sabre avant de partir dans une fumée matte.

 

-Suis-moi.

 

La gamine cours vers moi et m’attrape le bras en pleur. Après l’avoir aidé à remonter l’échelle, nous sortons de la maisons et rejoignons Beck dehors, accompagné quant à lui, d’un vieux chien mal en point. Voilà qui lui ressemble bien.

 

8. juin, 2020

Le chemin de retour vers la planque de mon père est interminable. La sorcière vole mollement au-dessus du sol. Xal, derrière elle, tire une mine épouvantable. Moi et Beck marchons derrière. Personne n’ose prononcer un mot. On ne connait toujours pas son nom. Elle n’a pas voulu le mentionner. Ses mouvements restent pourtant fluides, esquivant les arbres d’une danse adroite entre les branches. 

 

Sa cape au vent laisse entrevoir une armure en cotte de mailles parfaitement ajustée à la forme élancée de son corps. Ses cheveux roux évoquent la braise ardente d’un feu de forêt. Elle m’inspire cependant beaucoup de tristesse. Le visage d’Alice me revient en tête. Son visage rougit sur le chemin des dépendances. 

 

Nous arrivons enfin au village que nous avions quitté plusieurs heures plus tôt. Une vision d’horreur. En plein centre de la place, mon père affrontant une vingtaine de créatures de l’ombre avec adresse. Sans attendre, je commence à courir pour fondre dans la mêlée, mais un grand mur de feu me freine aussitôt dans ma course. Je me retourne pour interroger du regard mes compagnons de marche que je venais à peine de dépasser. En l’air, la sorcière agite les mains. Les goutes de sueur qui coulent sur son cou me font comprendre qu’elle essaie de maintenir le contact avec le mur. Xal l’ignore et traverse les flammes sans problème en laissant derrière lui, une trainée de tisons bleus électriques. 

 

-Laisse-nous nous battre, rage Beck.

-Non, c’est MON boulot.

-Fallait le faire avant, s’énerve-t-il de plus belle. Je vais pas laisser Xal lutter seul.

-Il n’est pas seul. 

 

Elle ne réagit pas d’un cil, trop concentrée sur le mur. Son visage est dur. Elle déplie les jambes et les redit pour se donner plus de tonus et de force.Je me crispe.

 

-Désolé, mais ce n’est pas tellement rassurant.

 

Elle finit par tourner la tête dans notre direction, puis la dépasse, ne nous donnant maintenant accès qu’à son profil.

 

-Xal et moi nous chargeons de sortir le mage des Ombres de là. Prenez en charge les civils. 

 

Je déglutis de surprise et croise le regard de Beck avant de laisser le mien dériver vers les alentours. 

 

-Quels civils?

 

Les gémissements de mon père en plein combat et les rugissements du tigre de feu me font hésiter un instant. Mes mains faisant trembler le pommeau de mon sabre.

-Trouvez-les et faites-les évacuer, insiste-t-elle dans une inspiration douloureuse. 

 

Pas le choix.On ne fait pas un pas qu’elle nous arrête.

 

-Attendez!

 

La sorcière aux ailes de feu agite ses plumes frénétiquement le temps d’un instant, s’élevant un rien plus haut dans les airs. Deux plumes ardentes tombent, se prenant dans le vent à la manière d’une samare. 

 

-Liez-les à vos armes, elles les rendront plus efficaces contre les Ombres, mais prenez garde! Un seul contact direct suffira pour vous tuer en l’espace de quelques minutes. 

 

Nous tendons nos armes et laissons les plumes s’y déposer. Une lueur écarlate jaillit de mon sabre avant de revenir à son état d’origine. Nous abandonnons ensuite la sorcière derrière nous et courons vers les rues connexes. Je doute que j’aie vraiment le choix de la laisser se charger de se battre aux côtés de mon père. Dans mon élan, un dernier coup d’oeil en arrière me permet de la voir briser son mur de flamme de se jeter dans la mêlée.

 

Je me reconcentre vers mon objectif premier et talonne Beck en direction des maisons, laissant, à notre tour, des tisons sur notre route.

 

16. sept., 2019

Avec Nellya, cela fait quelques minutes que nous nous baladons dans la dimension avec les portes. Apparemment, elle ne m’a pas encore montré ce qu’elle voulait me montrer à la base. 

 

-Cet endroit est immense, dis-je émerveillée. Où mènent toutes ces portes?

-On ne sait pas. Enfin! Pas pour toutes. La plupart d’entre elles débouchent sur des mondes dont nous n’avons pas encore accès. 

 

J’approche une porte au hasard. Le cadre est noir avec des dorures en serpentin et le centre, également doré, est mitraillé de tâches rougeoyantes. J’attrape la poignée et essaie de la tourner, mais rien n’y fait, elle ne bouge pas d’un centimètre. Au bout de quelques secondes de zigonnage, le métal de la poigné m’envoie un choc électrique tellement puissant, que les racines dans mes bras se mettent à tressaillir nerveusement, provoquant une douleur lancinante. Je pousse un petit gémissement. Inquiète, Nellya me rejoint aussitôt près de la porte et alors qu’elle s’apprête à me prendre par le bras, je l’arrête gentiment de mon autre main. 

 

-Je vais bien!

 

Elle me regarde insistante et je lui fais un sourire pour la rassurer. 

 

-C’est un système de défense, m’explique-t-elle. Plus tu insistes, plus la décharge est importante. Viens, c’est par là!

 

Je la suis et nous traversons une sorte de pont entre le champs des portes et un arbre assez impressionnant. J’en reconnais facilement l’espèce pour en avoir déjà vu un dans un article de journal. 

 

-C’est un banian, non? Tentai-je. 

-Exact. 

 

Sur le tronc de l’arbre se dessine tranquillement les contours flous et irréguliers d’une autre brèche comme celle que nous avons dû traverser pour entrer dans la dimension des portes. 

-Celle-là mène où?

-La dimension des guerriers. C’est là que sont stockés toutes les armes magiques, dont ma magnifique lance à lame de cristal.

 

Elle me prend alors la main toute excitée et me guide en travers de la brèche. En émergeant, je me rend compte que nous ne somme plus du tout dans la lumière. L’ambiance est sombre, mais de petites sphères lumineuses et colorées égaient les ténèbres. Elle semblent toute s’écarter à notre passage. Sauf une. Un petite sphère rougeâtre avec une chétive touche de doré vient tournoyer autour du bras de mon amie. Nellya lève tranquillement sa main avec assurance, en attendant patiemment qu’elle ait fini de tourner et qu’elle vienne se blottir dans sa main. À ce moment-là, graduellement, la lance commence à apparaître. Le bois du manche s’entrelace et se tresse jusqu’à atteindre une longueur raisonnable. Puis, au bout de la lance, se matérialise une lame en cristal transparente dans un éclat de lumière. 

 

-Voilà, me dit-elle fièrement, le regard brillant par la lumière des sphères.

-Elle est magnifique. Comme cet endroit. 

 

Un silence s’installe. J’ignore pourquoi.

 

-Je suis désolé.

-Pourquoi?

-Tu ne pourras pas en avoir, m’annonce-t-elle en pointant sa lance. Tu as la chance d’être la petite fille du doyen, mais tu n’a pas de magie. 

 

J’ai dû paraître triste pour qu’elle se sente obligé de s’excuser et de me donner des explications. Je m’approche d’elle, un peu timidement, et la prend dans mes bras pour essayer de faire disparaître un peu sa culpabilité. 

 

-T’inquiète pas, j’en suis très heureuse. Je trouve ce lieu splendide. Merci de me l’avoir montré.

 

Je la relâche et vois sur sa bouche se dessiner un faible sourire. Je fais de même et son sourire s’élargit de plus bel. Elle relâche alors sa lance dans le vide, qui se met à flotter tranquillement et à reprendre sa forme de sphère lumineuse. Puis, nous reprenons la direction de la brèche en rigolant. 

 

Quand la jambe de Nellya finit de traverser la brèche, je commence à sentir une légère chaleur au bas de la mienne. En baissant les yeux, je vois un petite sphère verte claire avec des touches de bronze éclairer les racines de ma jambe sous mon pantalon. Surprise, je la lève nerveusement pour la dégager et disparaît dans la brèche.

 

16. août, 2019

Nous avons laissé mon père à sa planque pour discrètement partir à la recherche de Xal. Mon père peut sans problème venir à bout d’un bon nombre de créatures de l’ombre avec son pistolet magique, mais il sera vite submergé et surpassé. Xal sera plus efficace. Pour ça, il faut d’abord le retrouver. Je suis certain qu’il a profité qu’on ai le dos tourné pour partir à la recherche de la mystérieuse sorcière recluse d’Ombral. Elle est dans tous les livres d’histoires concernant cette dimension. Je ne sais pas quel âge ça lui fait, ni pour elle, ni pour Xal, mais ce dont je suis certain, c’est qu’ils étaient tous les deux très proches à une époque. 

 

J’essaie de me rappeler mes lectures sur ce monde afin de déterminer le chemin à suivre pour la rejoindre. Seulement, je ne pense qu’à mon père qui nous a demandé de le laisser au village pour surveiller les créatures de l’ombre. Je le sais fort, et puissant mage, mais je ne peux m’empêcher de m’inquiéter un peu. 

 

Nous atteignons la forêt rapidement et nous nous y aventurons. Un énorme rugissement fend alors l’air à travers les branches. Beck devient nerveux et se précipite en direction du bruit. Je le suis de prêt et nous nous enfonçons dans la forêt profonde. Un nouveau grognement se fait entendre, cette fois dangereusement près de notre position. En écartant lentement les lianes d’un saul, la scène qui s’offre à nous glace le sang. Xal, que nous croyions si docile, est en position d’attaque et des flammes d’une couleur bleu électrique jaillissent de son pelage avec rage. Devant lui, une jeune fille encapuchonnée est accroupie et lui tend une main hésitante. Elle n’a pas l’air effrayée, mais ne semble pas sereine pour autant. 

 

Beck risque un pied en dehors du buisson, mais je l’arrête dans sa lancée, avec un sort de télékinésie dont j’ai le secret et le force à s’accroupir. Il se tourne brusquement vers moi, mille et une questions dans les yeux. Je sais qu’il s’inquiète de ce que Xal pourrait faire. Nous ne l’avions jamais vue ainsi. Néanmoins, d’un signe de la main, je le somme d’observer un instant. J’ai un étrange pressentiment sur cette fille. 

 

Accroupie, une cape rougeâtre traînant sur le sol recouvre son corps, ne laissant voir que ses genoux et un bout de cotte de mailles en fer blanc sur sa poitrine. Elle tend la main, sans détacher ses yeux du regard enragé de Xal. Elle ne dit rien, silencieuse et sans crainte. Quand Xal lance un rugissement perçant, sautant et martelant le sol de terre de ses pattes massive, le danger ne fait plus aucun doute et mon emprise sur le corps tendu de Beck se brise. Il sort alors du buisson et pose rapidement sa main sur le dos de Xal pour le calmer. 

 

-Il ne supporte pas qu’un étranger le touche, avertit-il avec empressement la jeune fille toujours accroupie qui baisse finalement la main. 

Xal se calme finalement au contact de Beck et je sors à mon tour du buisson. L’étrangère se relève en me voyant arriver, rabattant sa cuculle sur ses épaules. Au même moment, une vague de flammes s’étendit sur ses cheveux, des racines aux extrémité, avant de s’éteindre dans un souffle. Son identité ne fit plus l’objet d’un seul doute. 

 

-C’est ce qu’il t’as dit? 

La clarté de sa voix semblait crépiter sous la chaleur, et ses yeux, prendre une couleur de feu de forêt. 

-Les tigres ne parlent pas, affirma Beck avec conviction. 

-J’ai offert ce don à sa famille à une époque. Quand sa mère fut assassinée, il n’a plus voulu prononcer un seul mot. 

Nous gardons le silence alors qu’elle continue de parler. 

-Ce n’est pas qu’il ne supporte pas d’être touché, c’est qu’il a simplement peur de te blesser. Il semble que tu aies beaucoup de valeur à ses yeux. J’en suis heureuse. 

-Qui êtes vous? Finit-il par prononcer.

-Ses sentiments pour moi sont différents, dit-elle sans répondre alors que je ne la quitte pas des yeux. Ce n’est pas de la peur. C’est de la colère et du chagrin.

 

Ses dernière paroles se font dans un lourd sanglot.

 

12. juin, 2019

Je retrouve la voiturette sur le sentier et m’en sert pour monter la colline et rejoindre la plaine aux pégases. À peine arrivée au sommet, je sens le museau de ma compagne de vol me pousser dans le dos. Je me retourne vivement et commence à lui caresser la tête. Elle colle aussitôt son nez sur les racines de mon bras sous le tissu de mon chandail. J’arrive à ressentir son empathie à mon égard et ça me réconforte un peu.

-Salut

C’est la voix chantante de Nellya. Elle arrive à ma hauteur et se met à caresser le dos d’Ika.

-Je ne t’ai pas vu à la plate-forme de tir, aujourd’hui.

Je baisse la tête.

-Je me suis disputer avec Caleb. En fait, ça ressemblait plus à moi qui hurle et qui sanglote et lui complètement déboussolé.

-Il a dit un truc qui t’a blessé? Me demande-t-elle inquiète.

-Non, pas spécialement. Je regrette ce que je lui ai dit en plus. Je suis à fleur de peau depuis que Cassandra a refait irruption dans ma vie.

-Ta mère est quelqu’un de bien, tu sais. Elle s’est très vite lié d’amitié avec mon père, quand on est arrivé. On venait de perdre ma mère.

Elle essuie une larme rebelle et replace une mèche de ses cheveux derrière son oreille.  

-Je suis désolé.

-T’inquiète pas. Je me suis fait du soucis pour toi, il paraît que tu es partis précipitamment, hier.

-C’était rien, t’en fais pas.

-Si tu le dis.

Nellya réfléchit un instant en se frottant le dessus du menton avec son index. Puis, elle regarde Ika, et moi. Elle claque soudain des doigts tellement fort qu’Ika sursaute et se met à hennir en piétinant des sabots.

-J’ai envie de te montrer un endroit. Le premier endroit que tout voyageur interdimensionnel a vu en arrivant au Domaine. Un endroit que la petite fille du propriétaire se doit de connaître.

Je la suis sans dire un seul mot. Sans relever sur la phrase à propos de mon grand-père. Elle m’entraîne en voiturette à l’autre bout du Domaine. De l’autre côté de la rivière, un peu plus loin derrière la résidence, se cache sur le flanc d’une petite colline, une sorte de faille où de fissure dans la terre. Seulement, elle ne semble pas très ordinaire. On dirait presque qu’elle bouge, qu’elle ondule. Et l’intérieure n’a pas la couleur de la terre. Plutôt celle d’une voûte étoilée.

-Qu’est-ce que c’est au juste? Me risquai-je à demander.

-C’est la dimension des portes.

-La quoi?

-La dimension des portes. C’est une sorte de monde intermédiaire entre notre univers et tous les autres.

-Je n’entre pas la-dedans.

-Mais oui, tu vas voir, tu vas aimer.

-Je ne sais pas, mais en tout cas, ça ressemble fortement à du vide. Je comprends le principe de la dimension, ici plus rien ne peut me surprendre, mais là c’est la galaxie que je vois. Je m’imagine en train de tomber dans l’espace et sans combinaison de cosmonaute, bah mon corps éclate et je tiens beaucoup trop à ma vie en ce moment pour avoir envie de sauter dans cette fissure, comment t’as dis…. interdimensionnel?

Nellya se plaça devant moi, entre la brèche et ma personne.

-Très bien, pour te rassurer, je traverse en premier et tu me suis.

-Non, pas du tout. Je n’ai pas envie de mourir, je n’ai pas envie que tu meures non plus.

Elle ne prend évidemment pas en compte mon dernier commentaire et pose un pied dans la brèche.

-AAAAAAAAAAAAAH

Son cri de douleur est atroce et déchirant. Son visage est détruit par l’horreur. Son cri dure si longtemp et je panique, je lui prend la main et la tire vers moi en hurlant à la mort, mais elle ne bouge pas. Je savais qu’il ne fallait pas y aller.

C’est à ce moment que son visage se détend, alors que je hurle toujours. Un sourire satisfait commence à s’y dessiner. Je sens, dans ma poitrine, mon coeur palpiter à toute vitesse.

-Je t’ai eu, dit-elle simplement.

Je la regarde sans rien comprendre de ce qui est en train de se passer quand elle commence à ressortir son pied de la brèche. Il est entier et pas du tout éclater. Ma respiration se relâche et je la regarde soulagée, malgré l’exaspération et l’agacement.

-T’es bête. Tu m’a fait une de ces peurs.

Je lâche sa main brusquement.

-Ah ah ah! Viens! Y’a rien à craindre.

Elle remet alors son pied dans la brèche, s'accroupit légèrement pour faire passer le reste de son corps dans la petite ouverture et, tout en ne me quittant pas des yeux, disparaît littéralement derrière les étoiles.

J’ai la peur au ventre, mais je risque tout de même ma main que je juge la moins importante, donc la gauche. Si je doit perdre une main, ce ne sera pas celle que j’utilise pour écrire. Je sens la main de Nellya s’en emparer et m’attirer dans la brèche. Je m'accroupis pour faciliter le passage et risque ma jambe droite. Pour les jambes, je n’ai pas de préférence, par contre, dans les deux cas, je suis perdante. Mon pieds se pose sur un sol très dure. Ça ressemble à de la terre, plus à un tapis d’herbes. Mon coeur battrait presque moins vite. Finalement, je passe la tête, puis le reste de mon corps.

Le décors que je trouve en ouvrant les yeux est magique, irréel, improbable. Énumérer ici tous les adjectifs possibles pouvant être utilisés comme des synonyme du mot “impossible”!

Nous sommes sur une magnifique plaine verdoyante, avec des arbres aux couleurs improbables, des cascades cristallines et un faible brouillard qui donne de la fraîcheur à l’ambiance malgré le soleil et l'immense chaleur revigorante qu’il propage. Fait particulier: chaque maître carré de pelouse, de montagne et d’eau, est agrémenté d’une porte différente.

Je n’en vois pas la limite.