7. avr., 2018

Partie 3

Voilà deux semaines que Diana m’a demandé si je voulais retrouver ma mère. J’ai dit non, mais des questions subsistent toujours. Qu’est-ce qui a bien pu pousser ma mère à me laisser derrière elle, à partir comme elle l’a fait? Avant qu’elle ne parte, je croyais la connaître, à présent, j’ai des doutes. Elle disait qu’on serait toujours toutes les deux, unies contre le monde entier. Et puis, du jour au lendemain, elle a disparue. Après la mort de papa, je croyais que rien ne pourrait nous séparer, mais elle a fini par trouver un moyen et je ne comprends pas.

-Aie!

Je viens de me couper l’index. J’avais oublié que j’étais en train de cuisiner avec Élisa et Diana.

-Ha! S’inquiète Diana. Fais attention! Est-ce que ça va?

Au creux de ma main gauche, git mon index droit ensanglanté. Une petite goutte de sang s’échappe de ma plais et je m’empresse de l’aspirer avec ma bouche. Ça a un gout désagréable de fer. Puis, Diana se dirige vers moi et enroule mon doigt rougit avec un linge de cuisine bleu marine.

-Reste concentrée, Alice, me dit-elle, sinon tu vas mettre du sang dans le bol de concombre.

-Désolé, ricanai-je.

-Tu avais l’air perchée confortablement sur la lune, renchérit ma sœur de cœur. À quoi est-ce que tu pensais?

-À rien de bien important, souris-je.

Personne ne verra que je n’en pense pas un mot. Sourire permet parfois de dire que tout va bien, même si je n’y crois pas vraiment. C’est plus facile que de répondre à des questions qui rendent triste. Si Cassandra a trouvé la force de m’abandonne, si elle a trouvé le courage de me laisser derrière elle, alors je ne veux plus la revoir, même si, au fond de moi, j’aimerais comprendre.

L’entrée de Brad et d’Alex dans la pièce me tire de ma réflexion. Courant vers la table centrale de la cuisine en passant par l’arche en bois ciselé qui la sépare du salon, ils se font des passes de ballon chasseur à tour de rôle, jusqu’à malencontreusement fracasser le bol de fruit qui trônait sur le comptoir. Diana rougit de colère.

-Arrghh, LES GARÇONS, cri-t-elle, allez donc jouer dans la cours plutôt que de détruire ma cuisine!

-Désolé, mademoiselle Diana, acquiescent-ils en chœur.  

-Les gars?

Moi, comme tous, nous retournons vers la voix qui vient de résonner dans la pièce. C’est Buck, la seconde moitié de notre tutelle. Un homme grand, musclé avec une barbe de 46 jours, une petite quarantaine avec un regard doré perçant. Disons qu’il est encore beau pour son âge.

-Alors, comme ça, non seulement vous embêtez ma petite femme, déclare Buck les bras croisés, mais en plus vous ne m’invitez même pas à votre petite fête.

L’énergie de chaque personne présente dans la cuisine s’unifie et éclate dans un rire général contagieux. Les sourires se forgeant une place dans chacun de nos cœurs. Une belle famille de sans famille. Après tout, ce n’est pas le sang qui crée les liens familiaux, c’est le cœur. Je regarde mes deux frères et Buck sortir par la porte à droite du réfrigérateur qui mène directement dehors. Un sourire sincère se dessine sur mon visage. Les voir aller m’allège le cœur et le réchauffe.

-Ça va?

-Hein, quoi? Dis-je déconcentrée par Élisa.

-Tu souris, t’es malade?

Nous recommençons à rire de plus bel. Puis, le téléphone se met à sonner.

-Je réponds, avertis-je.

Je décroche le téléphone et monte un peu le volume parce que parfois, il descend tout seul. Il faudrait vraiment que Buck se décide à le changer.

-Allo!

-Bonjour, je voudrais parler à une de vos résidentes. Alice!

-Vous êtes?

-J’ai su qu’elle me cherchait. Je suis sa mère.

Mon cœur, à cet instant, s’est arrêté.

-Désolé, je ne connais personne qui s’appelle Alice.

-Vous êtes sur?

-Oui, vous vous êtes trompé de numéro.

-Bon, je...

-Au revoir!

J’ai raccroché.