7. avr., 2018

Partie 4

Je ne peux m’empêcher d’observer le numéro sur l’afficheur, comme si lui seul suffisait à me donner des réponses. Pourquoi maintenant? Pourquoi maintenant? Onze ans à ne pas donner signe de vie et voilà que je reçois son appelle. À croire que ces dernières années n’étaient que des illusions pathétiques de mon subconscient. C’est à croire que ces onze dernières années n’aient jamais existées. Elle va passer la porte de la garderie scolaire en me prenant dans ses bras et en me demandant ce que j’aimerais bien manger pour le souper. Moi je lui dirai que j’aimerais manger de la lasagne avant de chigner, parce qu’elle m’aurait répondu qu’on ne peut pas manger de la lasagne tous les soirs, que c’est déjà ce que nous avons mangé la veille. Je voudrais tant que ce soit le cas, mais ce sont onze années qui existent trop bien, me donnent trop mal au cœur et qui malheureusement, me sont impossibles à effacer.

-Alice, dit Élisa en apparaissant dans l’embrasure de ma porte de chambre. Les garçons sont prêts, il faut y aller.

-J’arrive.

Je repose le téléphone sur mon bureau, attrape mon sac et éteins la lumière avant de fermer la porte et de la suivre.

En chemin vers la sortit, j’aperçois Diana nous attendant en bas de l’escalier, sur le palier principal. Je passe devant sans même lui adresser un regard et me presse de sortir.

-Alice, s’il-te-plais! Dit-elle en m’attrapant le bras. Dis-moi quelque chose, n’importe quoi.

Je la regarde dans les yeux en bouillant de l’intérieur. En tournant mon bras vers le pouce, j’arrive à me libérer et me dépêche de gagner la voiture. Je n’en ai rien à faire si madame à le cœur gros. Elle mérite toute la douleur qui la tenaille pour sa traitrise envers moi.

Maman? Maman? Maman? Une larme brulante s’échappe de mes yeux et brule ma joue. Cette sensation est insupportable. Comment cela peut-il être possible? Je retourne dans la cuisine et dépose le combiné sur la table.

-Qui c’était? Me demande Élisa bien gentiment.

J’hésite. Ma… Ma…

-Maman.

Diana se retourne subitement et un grand sourire éclair son visage.

-C’est génial, Alice. Je suis contente pour toi.

Elle contourne le comptoir et avance vers moi, les bras ouverts. J’arrête sa progression en tendant vers elle mes mains.

-Tu as fait les démarches? Ai-je demandé au bord de la crise de nerf.

-Oui, je ne pensais pas que ça avait porté ses fruits.  Je croyais avoir échoué.

Mes nerfs éclatent!

-Qu’est-ce que tu n’as pas saisi dans « ça ne m’intéresse pas ».

-J’ai voulu t’aider. Tu avais l’air si triste de ne rien savoir. Ça ne te fait pas plaisir?

-Non, ça ne me fait pas plaisir, je pensais que c’était clair que je ne voulais rien savoir de cette femme. Tu as fait ça dans mon dos, pourquoi? Tu ne veux plus de moi ici? Dit moi au moins ce que j’ai fait de mal.

-Mais non, ce n’est pas ça.

-Alors, c’est quoi? La coupai-je.

-Il y a quelques semaines, tu as dit que tu pensais que ta mère était partit à cause de toi. Je me suis dit que tu méritais de vraies réponses.

-Ce n’était pas à toi de prendre cette décision.

Un sanglot me parcourut le corps. J’étais détruite de l’intérieur et le cœur trop serré, je n’arrive plus à prononcer le moindre mot. Alors, je baisse la tête pour ne plus les voir et quitte la pièce.

-Tu devrais arrêter de lui faire la tête, ça fait trois semaines, m’implore Buck.

-Je n’en ai pas envie. On pourrait changer de sujet?

La voiture entière est devenue silencieuse. Depuis un moment, j’ai le sentiment que la faute n’est plus sur Diana, mais sur moi. Comme si tout le monde, depuis les évènements, avait fini par se ranger de son côté. Je suis devenue la méchante, parce que je refuse de lui pardonner ce qu’elle a fait.

-C’est vraiment chiant, votre embrouille, déclare Alex.

-Ton langage, jeune homme, le reprend Buck.

-Non, mais c’est vrai.

-Ferme-là, microbe.

-Alice! S’indigne Élisa.  

-Bon, ça suffit, sortez tous de la voiture vous allez être en retard, nous interrompt Buck, avec impatience.

-C’est toi qui a partit la conversation, lui fais-je remarquer.

-Alice! Dehors!