7. avr., 2018

Partie 5

La matinée est interminable et les explications de l’enseignant me semblent superflues et inutiles. Élisa s’est installé devant, mais j’étais tellement en rogne de ce qui c’était passé dans la voiture sur le chemin de l’école que je n’ai pu m’empêcher de m’assoir derrière dans un coin. Je ne suis pas en colère contre elle, mais je me sentais incapable de supporter son regard à côté de moi.

Soudain, on cogne à la porte. Le professeur va ouvrir et en voyant le visiteur sort de la classe quelques secondes, puis revient.

-Alice! Dit-il en me faisant signe de sortir.

Tout le monde se retourne vers moi, y compris Élisa et n’a pas l’air de comprendre plus que moi ce qui ce passe. Je referme mon cahier d’exercice en y laissant mon crayon et ma gomme à effacer en guise de marque page, puis me lève et sort. Je regarde mon visiteur et referme la porte derrière moi.

-Jed?

-C’est mon nom.

-Que fais-tu ici? Je croyais que tu étais en Afrique du sud.

-Buck et Diana m’ont téléphoné.

-Oh, alors tu sais.

-Viens!

Il me prend par le bras et m’entraîne à sa suite. Il passe par l’aile des professeurs et rejoint le couloir des concierges. Près de la porte du débarrât, on prend l’escalier qui mène directement au toit.  

-Tu n’étais pas obligé d’abandonner tes recherches sur ta famille biologique pour une histoire pareille.

-Je n’ai pas abandonné, répond-t-il, j’ai seulement mis tout cela en suspens.

-Ce n’était pas nécessaire.

-Arrête, c’est génial que ta mère ait prit contacte avec toi.

-Génial? En onze ans elle ne s’est jamais intéressée à moi. Et puis, je ne veux pas d’elle et je l’ai dit à Diana, mais elle a préféré me trahir plutôt que de respecter ce choix.

-Elle voulait seulement t’aider, Alice, la défend-t-il.

-Je n’avais pas besoin de son aide.

-Tu ne préfère pas savoir la vérité, plutôt que de continuer à vivre dans l’ignorance? Moi je pense qu’elle a franchi un pas que tu n’étais simplement pas prête à franchir seule.

-C’est quoi la différence?

Il s’assoit sur le rebord surélevé du toit, sa peau noir chocolat éclairé par les rayons d’après-midi.

-Il n’y en a pas. Je pense que tu devrais la rappeler.

-Hors de question que je téléphone à Diana.

-Non, pas Diana, Cassandra. Diana n’a pas fait les démarches pour te faire de la peine, j’en suis certain. Elle l’a fait parce qu’au contraire de ce que tu as l’air de penser, elle t’aime profondément et ne souhaite que ton bonheur.

-Alors pourquoi je me sens si malheureuse?

-Je te connais. Ce n’est pas le geste de Diana qui te fait de la peine au fond, mais le coup de fil de ta mère. Tu es en colère contre Diana, parce que tu es en colère contre ta mère.

Je ne sais plus quoi dire pour justifier la rage qui me submerge. Suis-je vraiment plus en colère contre ma mère que contre Diana? Possible. Moi qui croyais en être devenue indépendante. Moi qui pensais que la distance nous avait séparées pour toujours, ma mère et moi. Est-ce vrai? Aurait-elle encore de l’influence sur moi après tant d’année. Je croyais avoir tourné la page et fini par accepter d’avoir été abandonnée. J’étais certaine d’avoir fini de pleurer par sa faute. J’ai même arrêté de regarder les étoiles le soir. J’ai arrêté de me sentir proche d’elle, alors pourquoi ai-je si mal de la savoir en train de me chercher? Tout est à recommencer.

-Appelle-la! Insiste Jed.

-Je ne peux pas, dis-je en laissant s’échapper de mes yeux une larme d’incertitude. Je… je ne m’en sens pas capable.

Jed se lève de son coin de béton, s’approche tranquillement de moi pour enrouler ses bras autour de mes épaules. Enfermée dans son étreinte, je me sens si faible et si fragile, mais si lourde à la fois.

-Tu dois chasser les doutes. Sens-tu ce poids sur tes épaules?

-Trop bien!