7. avr., 2018

Partie 6

Jed m’a reconduite à mon cours avant de partir. On se verra ce soir, il ne retourne pas en Afrique avant le jeudi suivant. Ça m’a fait du bien de lui parler, il est mon grand frère, mon confident et il me donne vraiment l’impression de compter pour lui. Je crois bien que c’est la seule personne qui acceptera toujours de laisser de côté ce qu’il fait pour rejoindre et aider une personne qu’il aime.

Je ne sais pas si je me serais senti à l’aise de parler de tout ça avec Élisa. Je l’adore, c’est ma meilleure amie et la meilleure sœur qu’on puisse avoir, mais je ne sais pas. Je ne m’en sens pas capable. Je me sens presque mal de ne pas être en mesure de lui en parler. Elle ne mérite pas que je la laisse ainsi de côté.

-Tu viens? Dit d’ailleurs sa voix dans mon dos.

-Ouais.

Nous sortons du cours de français, nos sacs à l’épaule pour rejoindre la porte des élèves, puis, sortant à l’extérieur, je remarque que la voiture de Buck n’est pas encore là. Nous prîmes toutes les deux place sur le sur un banc en béton près de l’escalier pour attendre notre tuteur.

Environ cinq minutes plus tard, une voiture entra dans le stationnement, une femme en sortit et vint s’accoter sur son nez. Je ne pris pas plus de temps à la regarder, je cherche l’automobile de Buck.

Soudain, sautant à nos côté sur le banc, Alex et Brad nous sourirent innocemment.

-Vous n’êtes plus en colère contre moi? Leur demandai-je.

-Pourquoi faire? C’est pas drôle d’être en colère, lance Brad en me donnant un coup de point sur l’épaule.

-T’es une vraie brute pour un moustique, répliquai-je en massant mon épaule légèrement douloureuse.

Nous éclatons tous de rire.

-Tient-tient, tout va mieux à ce que je vois.

Nous nous retournons tous vers Buck qui nous fit immédiatement signe de nous lever.

-Désolé pour le retard, les enfants.

-C’est pas grave, dit Élisa

La voiture de Buck était garée juste à côté de celle de la dame qui n’a pas encore bougée, je la voix du coin de l’œil en train d’observer sa montre et s’impatienté nerveusement.

-Tu as vue Jed, Alice? Demande Buck.

-Oui.

-C’est lui qui est venu tout à l’heure te chercher? Ajoute ma sœur.  

-Ouais.

-Pourquoi tu ne me l’as pas dit?

-Je n’y ai pas pensé et toi non plus, je te signal. Tu n’avais qu’à me poser la question.

-T’as raison. Le cours était tellement ennuyant, ça m’ait complètement sortit de la tête.

Elle esquisse un petit rire.

-Alice?

Je reconnais cette voix, malheureusement. Mon cœur fait un bon effroyable. Je fais volte-face et mon regard croise celui de la dame.

-Alice? Dit-elle en s’approchant plus près.

Je fais mine de ne pas la reconnaitre. Je voudrais ne pas l’avoir reconnu, mais ce visage n’aurait pu être effacé de ma mémoire, s’étant associer au mot « abandon ».

-Est-ce que c’est toi?

Ma famille nous regarde interloquée. Je ne veux pas expliquer, je ne peux accepter ce qui est en train de se produire.

-Oui, dis-je simplement. Mais je ne vous connais pas, vous devez vous tromper de personne.

-Mais voyons.

-Je ne sais pas qui vous êtes.

Une larme m’ébouillanta l’œil droit. Je me retournai, lui faisant dos, dans l’espoir qu’elle ne m’ait pas vue pleurer.

-Ça va? S’inquiète Buck en me prenant par les épaules.

-Oui, rentrons.

Ma sœur et mes frères, encore un peu mal à l’aise, prirent place sur les banquettes.

Elle reconnut immédiatement le regard ennuagé de son enfant. La dame ouvrit grand ses yeux et voyant sa petite d’à peine sept ans entrer dans la voiture d’un inconnu, elle lui agrippa le bras et la serra contre son cœur. Étrangement, sa fille se débattit.

-Non, je ne le laisserai pas t’enlever à moi. 

Sa fille s’arrêta de bouger. La dame la libéra donc et lorsque la jeune fille se retourna de nouveau vers sa mère, son visage triste se transforma en un visage brisé et défiguré par la rage.

-Ça fait onze ans que tu as disparu. Tu n'as plus aucun droit.

La triste illusion se dissipa. Une adolescente en colère pris la place de sa fille. Elle n’avait plus rien à voir avec sa petite Alice, sauf peut-être ses yeux bleus meurtries, ils étaient les mêmes.