7. avr., 2018

Partie 7

Nous restons plantées là, l’une devant l’autre en silence, moi, la rage au ventre, elle, les larmes aux yeux. Elle semble vraiment déboussolée. On dirait qu’elle ne comprend pas un traitre mot de ce que je dis. Elle fait un pas derrière elle et dans ma poitrine, la pression retombe. Mes larmes se mettent à couler et je ferme les yeux pour ne plus la voir.

Comment ose-t-elle? Croit-elle qu’elle peut se présenter à moi comme si onze ans ne s’était pas écouler? Elle met ses mains devant son visage et les yeux comme des billes, elle m’observe de haut en bas.

-Je suis tellement désolé, sanglote-t-elle.

-Tu devrais t’en aller.

-Je peux tout expliquer.

-M’expliquer quoi? Pourquoi t’es parti? Je n’en ai rien à faire de tes explications. Je n’en ai rien à faire de toi. De tes mots. Je veux plus t’entendre. Je te dis ce que je pense. Je veux plus de toi. J’ai trop attendu, t’es jamais venu.

Elle pleure. Il y a des gens qui disent qu’il ne faut faire pleurer sa mère, mais cette femme n’est pas la mienne. Voilà onze années qu’elle a refusé d’être ma mère.

-Je suis désolé, ma chérie. Ça ne te suffit pas?

-Non, ça ne me suffit pas. Ça change quoi à ma vie que tu sois désolé? Rien! Je veux juste que tu partes.

-Mon cœur…

-Je ne suis pas ton cœur, je ne suis rien apparemment. Va-t’en, je ne veux pas de toi, moi.

Elle pleure encore. Elle se prend le ventre comme si il allait exploser, mais je n’y crois pas à sa comédie. Pour une femme qui est partit, elle a du culot de se pointer ici. Je me retourne et pose le pied droit dans la voiture. Une portière claque tout près.

-Non, non, dit-elle.

-Oui, dit une autre voix, relèves-toi, maman.

-Non, Caleb, s’il-te-plais.

Je fige le pied sur le tapis. Une larme me monte aux yeux et mon cœur se met à cogner dans ma poitrine.

-Maman?

Tout s’efface lorsque je me retourne et que j’aperçois un garçon aux cheveux brun cendré avec une veste en cuir clouté en train d’essayer de la relever. Les deux relèvent la tête pour me regarder. Je m’approche et m’arrête devant ma génitrice. Elle finit par se redresser avec des yeux qui m’implorent le pardon.

Je lève la main au-dessus de son oreille gauche et la frappe de toutes mes forces. Sa tête va valser de l’autre côté et j’arrive à voir la marque de ma main imprimée sur sa joue.

-Hey, hey, Alice, cri Buck en sortant de la voiture à toute vitesse pour me séparer d’elle.

-Espèce de folle, hurle le garçon.

-C’est elle la folle, crachai-je, alors Buck essaie de me retenir, de me prendre dans ses bras pour calmer mon élan de colère. D’où, elle m’abandonne pour aller faire un enfant ailleurs.

Je me débats, j’aimerais la frapper encore, mais j’entends les pleurs de mes petits frères dans la voiture et je me calme.

-Il est bien plus vieux que toi.

-C’est bien pire.

-Laisse-moi t’expliquer.

-Non, je ne veux rien savoir. Je ne veux pas de toi ici. Dégage!

Je vois le regard de son fils se transformer en déceptions, regard dans lequel, il y a quelques minutes encore, il y avait de la tendresse et de la tristesse dans ses yeux quand il me regardait. Son avis et ses émotions importent peu. Je veux juste qu’ils s’en aillent. Je veux recommencer à respirer. Là, je n’y arrive pas. J’étouffe, comme si leur présence menaçait de me tuer. Je veux respirer.

-Alice! Implore-t-elle à nouveau.

-DÉGAGEZ!

            -S’il-te-plais!

            -Laissez-moi respirer, soufflai-je.