7. avr., 2018

Partie 8

La pression provoquée par mes retrouvailles avec ma mère n’est pas encore tombée. Quand j’y repense, le nombre de semaines, de mois et d’années que j’ai attendu qu’elle donne signe de vie et elle attend pile le moment de ma vie où je veux plus rien savoir pour revenir dans ma vie comme si de rien était. Comme si je devais tout oublier. Et en plus, elle se pointe avec son fils. Plus vieux que moi? Donc, soit elle a trompée mon père pendant l’une de ses missions avant ma naissance, et qu’elle l’a abandonné pour pas éveiller les soupçons, ce qui serait franchement dégueulasse de sa part. Soit elle l’a eu avant de connaitre mon père et elle l’a abandonné quand même. Je ne vois pas d’autres solutions. Dans les deux cas, il y a de la dégueulassitude. Et oui, j’invente des mots.

Ça voudrait dire qu’elle m’aurait abandonnée pour retrouver le premier enfant qu’elle a abandonné, alors qu’elle aurait simplement pu nous réunir dès le début. Je ne comprends pas, je n’y comprends rien du tout. Je pense que c’est un gros manque de respect envers moi et aussi envers lui. Non? Je ne sais pas trop quoi en penser. Je n’arrive pas à m’imaginer avoir une mère à ce point…je n’arrive pas à trouver de mot.

Le téléphone sonne.

-Alice, téléphone, cri Diana au bas de l’escalier.

Étendue sur mon lit, je me redresse, m’assois perpendiculaire au matelas, enfile mes chaussons, me lève et sort de ma chambre, blasée. En descendant les marches, je manque trébucher, mais je me rattrape à temps sur la rambarde d’escalier. Je fini de descendre et me dirige vers le salon. J’agrippe le combiné sur la table basse et décroche. De l’autre côté du téléphone, j’entends quelqu’un raccrocher. Sans doute Diana.

-Allo!

-Salut. Alice?

-T’as demandé Alice?

-Oui.

-Alors, c’est moi. Qu’est-ce que je peux faire pour toi?

-Tu ne me reconnais pas?

-Pourquoi? Je devrais?

-Caleb.

Caleb! Pourquoi m’appelle-t-il, je n’ai rien à lui dire. Il est complice des agissements douteux de notre mère s’il l’a accompagnée jusqu’à moi.

-Comment t’as eu le numéro?

-Maman.

-Non, non. Ta mère. Ma mère à moi est morte, il y a longtemps.

-T’es dure!

-Non, je ne suis pas dure. C’est la vérité. Tu m’en diras des nouvelles quand tu auras attendu après elle pendant onze ans.  

-Ah ouais? T’a envies de te plaindre? Elle m’a abandonné dès la naissance, apparemment, elle n’était pas prête à être mère. Elle a entendu huit ans avant de revenir, personne ne m’avait adopté.

-Sérieux? C’est ça tes arguments? Moi non plus, personne ne m’a jamais adopté. J’avais six ans quand elle est partie et j’ai attendu pendant onze ans. Onze ans à me demander quelle bêtise j’ai pu faire pour lui donner envie de s’enfuir.

-Justement. T’avais eu l’occasion de la connaître, moi pas. C’était mon tour.

-Est-ce que tu entends ce que tu es en train de dire? Ça n’a rien à voir avec une histoire de tour. Elle aurait juste pu nous réunir, il me semble que ça aurait été plus simple, non? Tu n’y as jamais pensée?

-Tu me parle d’unification, je t’appelais pour te faire une offre.

-Désolé, je n’achète jamais de chocolat au téléphone, les arnaqueurs, tu comprends.

-Rien à voir.

-Je ne veux rien savoir. Au revoir, ne dit surtout pas bonjour à ta mère.

-Attends, tu ne peux pas m’écouter?

-J’ai pas envie.

-Deux minutes, s’il-te-plais

-Balance!

-L’été!

-L’été, ça n’est pas une offre, c’est une saison.

-L’été dans la résidence où on vit. Dans le nord de la France.

-Une résidence?

-Ouais, c’est la résidence d’un ami de notre mère. On vit là-bas avec ses enfants et des étudiants en chambre.

-Je déteste les ados.

-T’en es une.

-Je les déteste quand même, ça ne change rien. Et puis je n’ai pas envie de croiser Cassandra tout l’été. C’est non!

-Si tu le fais pas pour elle, fais le pour moi. On est frère et sœur, non?

-Demi!

-T’as pas dit que tu aurais voulu qu’on soit réuni dès le début. Ce qui est arrivé, ni moi ni toi ne l’avais demandé.

Je prends une grande bouffée d’air. Il a raison sur ce point.

-Tu me laisse y réfléchir?