7. avr., 2018

Partie 13

L’avion atterrit enfin à Paris-Charles-de-Gaulle, les secousses de l’atterrissage secouant tout le monde avant que tout ne finisse par se calmer pour laisser mon cœur battre à nouveau en toute tranquillité, sous les nombreux applaudissements des passagers. Je fais comme les autres sans manquer d’esquisser un froncement de sourcil.

-Pourquoi on applaudit?

-Parce qu’on ait en vie, dit Caleb avec une pointe de sarcasme agacé dans la voix.

J’arrête de taper des mains sur le champ.

-J’espère bien qu’on ait en vie, le pilote est supposé avoir suivi des études, rétorquai-je en faisant le moulin avec mes mains. C’est ridicule leur truc.

-Le dis pas trop fort, ce met-il à chuchoter, si ça peut leur faire plaisir de croire que ça tient du miracle.

Il hausse les épaules amusé. Je ris.

-Chers voyageurs, déclare l’hôtesse de l’air, restez calme en sortant, tâchez de ne pas bousculer les autres passagers et surtout, n’oublier pas, s’il y a lieu, vos bagages à mains dans les compartiments au-dessus de vos têtes.

Caleb se lève pour ouvrir notre compartiment, suivit par l’avion entier, pour prendre son sac à dos et me tend mon sac à main. Je l’ouvre pour vérifier si j’ai bien mon téléphone, mon portefeuille et mon passeport. R-A-S! Tout est bien à sa place, alors je le referme et quitte mon siège en passant devant Caleb qui me laisse passer devant lui. Nous sortons ensuite de l’appareil pour passer dans une espèce de couloir en dôme transparent entre l’avion et le bâtiment, qui permet de voir, sous nos pieds, la piste d’atterrissage.

On franchit ensuite un long couloir pour arriver dans une grande salle, où il a déjà plein de gens avec leurs valises qui attendent de pouvoir prendre leur propre avion. C’est aéroport est immense. Il y a des murs composé uniquement de fenêtre d’où on peut voir les avions dehors et le plafond de la salle principale et entièrement vitré également, mais avec des carreaux de fenêtre, on dirait une gigantesque mosaïque. C’est vraiment grand et ça a du couter un beau paquet d’argent à faire construire.

Je suis Caleb comme son ombre pour ne pas le perdre, il sait où il va. Je bouscule quelques personnes en passant et surtout en m’excusant chaque fois que mon épaule frôle l’épaule de quelqu’un d’autre. J’ai vraiment l’impression qu’ils n’en ont rien à faire de mes excuses, mais au moins je fais preuve de politesse même si je sens que j’air complètement stupide.

Soudain, sans le faire exprès, je heurte la valise d’un vieil homme.

-Fais un peu attention, petite. Les jeunes ce croient vraiment tout permis.

-Je suis désolé, monsieur.

-C’est ça, salle gosse.

-Salle grincheux, grognai-je dans ma barbe pour moi-même.

Caleb vient me tirer par le bras quand il s’aperçoit que je ne le suis plus. Je ne crois pas qu’il ait l’intention de me relâcher.

-Arrête un peu de t’excuser tout le temps, dit-il, t’as juste l’air d’une hypocrite.

-J’essaie d’être gentille.

-Essayer. Voilà! C’est ça qui est de trop. N’en fais pas trop.

-Désolé.

Il s’arrête brusquement pour me dévisager. Je viens de comprendre.

-Oups, désolé…

Je me couvre la bouche et un sourire s’étend sur son visage.

-Merde.

Il pouffe d’un rire léger avant d’avancer vers moi, de poser sa main au creux de mon dos et de me pousser pour que j’avance.

-Alors, la résidence est à Paris? Demandai-je avec de l’espoir.

Après tout c’est la ville de l’amour avec la tour Effel et tout. Ça a l’air génial.

-Non, pleine cambrousse sur le bord de l’eau, tu va adorer.

Je fais un faux sourire. J’ai l’air déçu? Je dois dire que je suis un peu déçu. On finit par sortir du bâtiment et devant nous est garée une voiture noire aux fenêtres teintées derrière un homme, sans doute dans la quarantaine, en complet cravate qui tient une pancarte écrit : Dodgers.

-C’est par là, dit Caleb en pointant la voiture trop classe.

-Mais, rétorquai-je, c’est écrit « Dodgers ». T’es pas un Dodgers et moi non plus. En plus, qui, en France, a Dodgers comme nom de famille?

-Personne et c’est fait exprès. Ça évite les malentendus.

Il s’avance vers le chauffeur pour lui serrer la main après avoir lâché la mienne.

-Salut, Stan.

-Content de vous revoir, monsieur, répond le monsieur qui nous ouvre la portière en nous invitant à entrer d’un signe de sa main gantée de blanc.

Je me surprends à penser qu’on aurait aussi pu prendre un autobus voyageur. J’avoue que je suis un brin mal à l’aise.