7. avr., 2018

Partie 14

-Alice.

Les deux yeux encore collés de sommeil, j’ouvre mes paupières avec mal. J’y crois pas, je dors jamais pendant les balades en voiture.

-C’est bon? On n’a pas encore été kidnappé?

-Non, pouffe-t-il. On va bientôt franchir le portail de la cours du domaine.

-Du domaine? L’ami de Cassandra est un vieux riche ou quoi? Dis-je en finissant de me redresser sur mon siège.

-Si on veut. Tu sais, maintenant que t’es là, tout sera plus facile.

-Pourquoi?

-Tu verras bien.

Je me tourne alors vers la fenêtre à côté pour regarder dehors et je vois que nous sommes déjà en train de franchir les portes. C’est là que je sens un truc étrange me traverser, comme une grande barrière de chaleur. Je fais rouler mes épaules un instant avant de poursuivre mon observation. Des arbres apparaissent les uns à la suite des autres. Puis se font de moins en moins nombreux pour finalement faire place à une surface plane où se situe des tas de petites maisons.

-T’as pas dit qu’on venait d’entrer au domaine? Lui ai-je demandé.

-Ouais.

-Alors, pourquoi il y a encore des maisons? Je pensais que le concept de seigneurie avait disparu.

-C’est les dépendances, la résidence est bout des terres.

Donc l’ami de ma mère est riche. C’est ce que je disais. On dirait surtout un village entier ses dépendances. Il y a même des chevaux.

-Je vais pouvoir monter à cheval?

-Si tu veux.

-Génial.

On arrive enfin devant la résidence, ou plutôt le château. C’est dingue comme cette maison est énorme. On s’arrête et Stan sort pour venir nous ouvrir la porte de mon côté. Je descends la première, suivit de Caleb. C’est à ce moment que Cassandra ouvre la porte et descend les escaliers pour nous rejoindre près de la voiture.

-Bienvenu, mes chéris.

-Salut, maman, dit Caleb sans attendre.

Quant à moi, je me dirige vers l’arrière en silence pour ouvrir le coffre et prendre mes sacs.

-Alice, m’interpelle Caleb avec insistance. 

-Quoi?

-Tu pourrais au moins dire salut.

Je me tourne vers elle, qui en un instant passe de la déception apparente au brin d’espoir mal contenu, avant que je ne reporte mon attention sur mes valises.

-Elle a dit « mes chéris », je pensais qu’elle parlait de toi et Stan, affirmai-je dans un large et faux sourire.

-Tu lui dois bien ça, elle a accepté de ne pas faire le voyage avec nous pour toi.

-T’as raison, dis-je en me retournant de nouveau vers elle. C’était très apprécié…

-Bon, se calme Caleb en me coupant la parole.

Je lève le doigt.

-… mais je te dois rien.

-J’aurais essayé.

Je passe devant, sans la regarder et commence à monter les marches. Arrivée en haut, j’attends que Caleb fasse de même et ouvre la porte lui-même. Je ne suis pas chez moi après tout. La première chose que je remarque, c’est la haute table blanche et ronde surmontée d’un grand vase de fleurs jaunes. Je crois que c’est des orchidées. C’est quand je m’apprête à caresser l’une des pétales qu’une dame d’une cinquantaine d’année s’avance vers moi.

-Tu dois être Alice, jeune fille, dit-elle en me tendant la main. Je suis contente de faire ta connaissance. Je m’appelle Agatha.

-Salut, réponds-je en lui tendant la mienne, souriante.

-Monsieur Varenne arrive dans une minute.

-Varenne?

Je me retourne vers ma mère.

-Ton grand-père.