7. avr., 2018

Partie 15

-Alice, je suppose, déclare un homme, j’imagine, d’un peu plus de 70 ans, en entrant dans la pièce d’un pas formel. Je suis Alphonse Varenne.

Mon cœur se rempli d’émotion, quitte à rebondir lourdement dans ma poitrine. J’affiche un large sourire contre ma volonté et avance vers lui pour lui tendre maladroitement la main.

-Oui, c’est moi, dis-je trop excité à mon avis. Je suis tellement heureuse de pouvoir faire votre connaissance.

Moi qui croyais ne pas avoir de grands-parents, je suis si heureuse que j’en pleurerais. D’ailleurs cette émotion commence à me monter aux yeux. Il semble qu’il arrive parfois au bonheur de bruler. Par contre, on dirait bien que ma joie n’est pas partagée. Mon grand-père continu de me regarder froidement. Portant, un instant, le regard à ma main tendue pour lui, il dévia son attention sur le côté de manière hautaine.

-Agatha va te montrer ta chambre, dit-il simplement avec la pire et la plus douloureuse des désinvoltures.

-Mais…

Je regardai ma mère, puis Caleb, qui me regardaient d’un air désolé.

-C’est tout?

Je reportai mon regard sur cet être sensé être de ma famille.

-Quoi, répond-t-il toujours aussi froidement.

-Vous… Je… Vous êtes mon grand-père, non? Je suis votre petite fille et nous ne nous sommes jamais rencontré. C’est vraiment tout ce que vous avez à dire? Agatha va te montrer ta chambre?

-Tu t’attends peut-être à ce que je verse une larme?

Je reste béate de stupéfaction, comment est-ce possible qu’il n’ait à ce point aucune empathie, aucun sentiment, un simple « bonjour, heureux te rencontrer » m’aurait suffis. J’aimerais avoir la force de le lui dire, mais… je crois que je suis trop déçu pour avoir envie de dire quoique ce soit de plus.

-Je… Non, laissai-je tombé en baissant mon bras engourdi par la gravité.

-Alors, Agatha va te conduire à ta chambre.

-Viens, mon enfant, me lança-t-elle gentiment.

Je jetai un dernier regard à mon grand-père à la recherche d’une quelconque tendresse, mais n’y trouvai rien de concluant. Je sorti de la pièce avec mes sacs sous les bras en regardant les yeux compatissants de Caleb au passage. Je n’aurais jamais pensé que ma rencontre avec mon grand-père serait aussi décevante. Toute ma vie, j’ai pensé qu’il ne me restait plus personne à par ma mère que j’ai d’ailleurs dû apprendre à détester avec le temps. Je me suis toujours sentit orpheline par rapport à tout ça et maintenant, en un cours lapse de temps, je rencontre mon frère et mon grand-père. Malheureusement, la seule personne de je rêvais et souhaitais véritablement l’existence ne semble même pas m’apprécier.

Lorsque la porte se referme derrière moi, j’entends la voix de ma mère grimper subitement d’une octave. 

-Tu as été dure avec elle. Tu aurais pu être gentil. Après tout, tout ça est de ta faute.

Je m’approche de la porte fermé pour mieux entendre.

-Ce n’est pas très poli d’écouter aux portes, mademoiselle.

-Chut, dis-je en balayant le commentaire d’Agatha de la main.

-Je n’ai rien à me reprocher. Si tu n’avais pas pris la mauvaise décision d’abandonner le domaine, nous n’en serions pas là.

-C’est toi qui m’y a poussé.

-Ça suffit, Cassandra. Tu devrais apprendre à assumer les conséquences de tes erreurs.

-C’est ta petite fille, papa.

-Cette gamine ne sera jamais ma petite fille et je ne crois pas qu’elle ait réellement un jour sa place parmi nous.

-Grand-père! Cria la voix indignée de Caleb.

Je décollai mon oreille du bois de la porte. Et les larmes me montèrent définitivement aux yeux. Mon cœur se met à battre si fort qu’il pourrait exploser dans ma poitrine et se déverser sur le carrelage en passant par ma bouche. Mon sourire se crispe en un sourire dévasté et je me mets à avoir mal à la gorge.

-Ma pauvre chérie, qu’y a-t-il donc? S’approche Agatha en m’ouvrant ses bras.

-Il me déteste, est tout ce que je parviens à articuler en cet instant.

-Viens là, ma belle.

Sans dire un mot de plus, elle m’enveloppe de son corps potelé d’amatrice de tarte au sucre et je me blotti dans ses bras rassurants.

-Je vous aime bien, vous, dis-je en sanglotant et retenant un reniflement.

Elle esquissa un rire avant de me serrer plus fort encore contre son ventre moelleux, couvert de sa robe bleu à volant en dentelle.