7. avr., 2018

Partie 17

Nous marchons maintenant dans le village des dépendances du domaine. Le large chemin est recouvert de terre et de gravier, mais l’espace est envahi par les arbres. Autour, les maisonnettes des résidents sont construites de bois rond à l’image de chalets comme ceux trouvés souvent dans les forêts. Ça me fait un peu penser au Québec. Les chalets chez moi sont souvent fabriqués de la même façon. Il y a tout ce qu’un village a besoin d’avoir. En fait, surtout un village médiéval. Je m’explique. Ça n’a vraiment pas l’air vieux ou démodé. On dirait un très vieux village français, mais moderne. C’est rustique. Très rustique. Mais c’est joli. J’aime bien, on dirait seulement que le wifi ne peut pas passer partout. Il y a une forge, des fers à cheval, des cloches, des reposes-bouquins, mais aussi de très beau bibelot en métal et juste à côté, une fabrique de verre soufflé, c’est chouette. C’est très artisanal. J’arrive à voir une écurie plus loin avec un grand enclos pour les chevaux. Ils sont bizarre ces chevaux par contre, je ne sais pas, ils ont quelque chose de pas ordinaire, je ne m’explique pas vraiment cette sensation. On a croisé aussi une poissonnerie, j’image qu’il y a un point d’eau près du domaine. On passe devant un café sans s’arrêter.

-Je croyais qu’on allait déjeuner, dis à Caleb en pointant le café.

-Oui, mais non. J’ai dit qu’on allait à la boulangerie de Carmen.

-Mais j’ai envie d’un café.

-Crois-moi, Alice, tu n’es pas prête pour leur café.

-Pourquoi? Il est si fort que ça?

-Non, ils ajoutent un truc…

Il hésite un peu en pensant les lèvres.

-Quoi? Des noisettes, de la vanille française, du lait de poule?

-Non, t’es pas prête, c’est tout, dit-il en riant légèrement.

On arrive devant un grand bâtiment en bois, comme tous les bâtiments d’ailleurs, mais celui-ci, il y a une pancarte au-dessus de la porte avec l’inscription « Les fantaisies de Carmen ». C’est un nom plutôt accrocheur, je trouve. On entre alors que Caleb commence à faire son coq en passant devant un groupe de filles attablées près de l’entrée. Elles se mirent à glousser.

-C’est bon, Casanova?

-Quoi?

-Tu devrais bomber encore plus le torse et carrément aller les voir en les attaquants de clin d’œil. Je pense qu’elles ne t’ont pas bien vue.

-Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-il en reprenant gracieusement son sérieux, sans pour autant les quitter du regard.

Puis, il reporte son attention sur moi.

-En plus, je ne vais pas abandonner ma petite sœur. On a un truc à faire après.

-Quoi donc?

-Tu vas voir.

-CALEB! Crie une voix enjouée.

Une femme sort soudain des cuisines pour venir à notre rencontre et prendre son « petit calibou » dans ses bras. Je peux comprendre qu’ils soient tous ici, un peu comme une large famille, mais quand même, pauvre Caleb. « Calibou », c’est franchement ridicule. D’ailleurs, il se dépêche de regarder les filles de nouveau en espérant visiblement qu’elles n’aient rien entendue. À l’intérieur de mon moi-même, je ne m’arrête plus de rire devant son expression clairement embêté.

-Bonjour, Carmen, ça faisait longtemps.

-Trop longtemps. C’est elle, dit-elle en me regardant, c’est la petite Alice?

-Oui, enchantée madame, réponds-je en lui tendant une main qu’elle écarte pour me prendre dans ses bras à mon tour.

-Tu es beaucoup plus grande que sur les photos que m’a montrées ta maman.

-J’étais très jeune quand Cassandra est partit.

Ma phrase crée une sorte froide. Elle se détache tendrement de moi en me jetant un regard mi triste mi heureux. Ça a l’air de l’embêter de m’entendre appeler ma mère par son prénom. Je regrette aussitôt mes parole, je n’avais pas envie de la blesser. Je suppose qu’elle et ma mère sont proches.

-Bon, dit-elle en voulant reprendre sa gaîté de force. Je vous sers quoi? Aujourd’hui, c’est pain au chocolat, pain de noisette, pain de cyprès et pain au fromage, tout droit sorti du four.

Caleb, le grand bonheur aux pieds, déclare tout fort qu’il choisit le pain au chocolat. Moi, j’avoue que le pain de cyprès m’intrigue, mais je crois que je vais rester avec mes bon vieux goûts et je prends le pain fromage.  Carmen nous apporte gentiment nos commandes et Caleb m’entraîne à l’extérieur.

-On va manger en chemin.

-On va où, maintenant?

-Je vais t’apprendre le tir à l’arc.

-Je t’avoue un truc. Là, j’ai vraiment l’impression d’être dans un camp de vacance.