7. avr., 2018

Partie 18

Nous retournons vers la résidence, mais au lieu d’entrer, nous bifurquons sur le côté et nous dirigeons vers la cours. En passant devant la véranda derrière la maison, j’aperçois mon grand-père, Alphonse, nous regarder froidement par la fenêtre. Enfin, surtout moi. Je doute qu’il n’apprécie pas Caleb. À moins qu’il est de la difficulté à démontrer et faire preuve de la moindre affection. Je détourne les yeux, mais la pensée qu’il soit toujours en train de me toiser m’alourdit la poitrine et me fait me sentir mal. Sentiment qui ne devrait pourtant pas exister en parlant de son grand-père, mais bon. Les familles ne peuvent apparemment pas toutes être parfaites.

-Tu m’emmènes où?

-Il y a une installation de tir, dit-il, dans le bois derrière. Je m’y suis beaucoup entraîné avant que maman n’apprenne que tu la cherchais.

-Je ne l’ai jamais cherché.

-Oui, bon, poursuit-il en écartant une branche dont le feuillage camoufle entièrement le reste du chemin.

Il me laisse passer en tenant fermement la branche pour moi et je découvre une énorme piste en bois avec des cibles colorées du même matériau.

-C’est génial, m’exclamai-je émerveillée. La seule fois où j’ai vu un truc pareil, c’était dans le film de Percy Jackson.

-Ouais, sauf que cet espace d’entraînement sert réellement d’entraînement et n’a rien à voir avec le cinéma.

Je me dirige vers un socle situé en face d’une cible posée plusieurs mètres plus loin. Un arc et un seau remplis de flèches en bois sont déposés juste à côté et dessus, se trouve une sorte de gant de cuir découpé au niveau des doigts. Le socle n’est pas le seul. Plusieurs colonnes sont placées en cercle sur une plateforme de bois et soutiennent le plafond courbé vers le ciel. L’installation ressemble beaucoup à un temple. Elle fait le tour complet d’un cercle de cible dont les dessins font directement face aux socles devant eux. C’est impressionnant.

Caleb me rejoint et se place devant moi. Il prend le gant avant de me le tendre pour que je le mette. Je l’enfile sur ma main droite. Il prend ensuite l’arc et fait le tour du socle pour me la donner. À présent dans ma main gauche, j’attrape une flèche avec l’autre main et l’installe. Elle chancelle et se décolle du bois de l’arme.

-Relax, me dit-il.

-C’est facile à dire, je tremble, c’est la première fois que je fais ça.

-Ok! Prend une grande respiration et colle ton pouce sur ta bouche.

C’est ce que je fais. Ça me calme. Je colle alors le bout de la flèche sur ma joue.

-La bouche, Alice.

-Pardon, dis-je avant de m’exécuter.

Il s’approche de moi, repositionne la flèche sur l'espace entre mon pouce et l'arc, et monte légèrement mon coude, puis baisse mes épaules. Il écarte un peu mes jambes pour qu’elles soient à la hauteur de mes épaules.

-Prend une autre respiration, dit-il.

J’inspire en fermant les yeux, puis expire en les rouvrant.

-Lâche!

Je lâche ma prise et la flèche s’envole pour s’enfoncer dans l’extrémité du troisième anneau de la cible. Je suis un peu déçu.

-Réessaie! M’encourage-t-il en souriant.

Je réessaie pour toucher la zone blanche. Je reprends ensuite une autre flèche, mais relâchant mon regard distraitement vers les alentours, je fige. Un énorme tigre blanc monte sur la plateforme d’entraînement. Je pointe aussitôt ma flèche dans sa direction, mais Caleb m’arrête en baissant mon arc pour le faire pointer le sol.

-Pousses-toi, c’est une bête sauvage, dis-je en paniquant.

-Ah bon, s’exclame-t-il en m’adressant un œil perçant d’inquiétude. Tu trouves qu’il a l’air sauvage toi?

Je m’étonne par sa réaction, mais reporte tout de même mon attention sur le félin. Il semble dépressif. Il me regarde passivement avant de s’avachir mollement sur le sol, aplatissant ses pattes avec sa tête et fermant des yeux épuisés.

Je baisse la tête et cesse de lutter.

-Non! Mais j’ai eu peur. Il a peut-être l’air inoffensif, mais un jour, il te croquera la nuque sans que tu ne t’y attendes.   

-Ça m’étonnerais, se lance-t-il en soupirant, Xal a perdu sa mère dans une guerre particulièrement violente.

-Une guerre qui utilise des tigres? Te me trouve crédule à ce point-là, répondis-je en lançant furtivement un regard à l’animal, sur la défensive.

-Pas dans ce monde ci, mais dans un autre, oui.

Son ton devient soudain très sérieux. Grave.

-De quoi tu parles?

-Alice, j’aurais préféré respecter le choix de maman de la laisser t’explique elle-même, mais bon. Il y a beaucoup de chose que tu ne sais pas sur le Domaine.