7. avr., 2018

Partie 22

Nous avons quitté la montagne. J’avais toujours le visage mouillé lorsque nous sommes rentrées. Le pégase noir nous a suivi en volant jusqu’en bas et s’est posé sur nos trace en hennissant. Je ne l’ai pas quitté des yeux jusqu’à ce qu’il regagne le sommet. J’aime de plus en plus la nature de ce domaine. Un jour, je trouverai peut-être un nom à cet animal.

En entrant dans la maison, je sens une lourdeur sur mes paupières. Sans doute un trop plein d’information. Le ciel commence à rosir. Comme une invitation au sommeil.

-Je dois aller me reposer. Je monte, dis-je à Cassandra en mettant le pied gauche sur la première marche.

Je n’arrive pas à croire qu’il m’ait frappé. Je ne comprends pas pourquoi grand-père s’obstine tant à la détesté. Je sais bien qu’elle ne semble pas caché une seule trace de magie en elle, mais ce n’est pas une raison pour la rejeter comme il le fait.

-La lune appelle Caleb, rit Beck en posant sa tasse de nectar.

Je me redresse sur mon rocher. Nous sommes installés Beck, Nelly et moi près du ruisseau derrière le stand d’entraînement de tir à l’arc. Je lève la paume près de mon oreille pour attirer à moi un galet, puis le jette dans le ruisseau. Nelly, elle, remet une planche de bois dans le feu et la repositionne avec le tisonnier.

-Quoi? Qu’est-ce que tu disais? Répondis-je toujours un peu distraitement.

-Je disais que je trouvais ta cousine vachement mignonne, tu penses que je peux m’essayer?

Il me fait des clins d’œil provocateurs. Quel imbécile!

-Idiot, répond Nelly à ma place.

-On peut savoir de quoi tu parles?

-Mais oui, ta cousine. Tu sais, Alice?

Je sors soudainement de ma litanie.

-C’est ma petite sœur. Mon pote, tu la touche et je te scie le tuyau, pigé?

Il lève les bras en signe de capitulation. Puis pouffe de rire brouillement, suivit de près par le rire en canard de Nelly.

-Voilà, mon bon vieux Caleb, bon retour, cri Beck en fanfaronnant et en levant les bras au ciel.

-Ça n’a rien de drôle.

-Il a dit sa pour te faire réagir, Caleb, m’assure Nelly. Qu’est-ce qui t’arrive?

-Rien. Tu me connais. La réaction d’abord, la réflexion après.

-Non, c’était comme ça avant ton voyage au Canada. Depuis que tu es revenu, tu es calme.

-Et alors?

-Ça ne te ressemble pas, mon pote.

-Qu’est-ce qu’il y a, insiste Nelly d’un regard perçant.

-Tu me diras si ton caractère change quand tu apprendras, du jour au lendemain, que tu as une petite sœur.

-Ok, me concède-t-elle, mais il y a autre chose, je le sais. Tu ne t’étais jamais fait de soucis à ce point-là.

-Tu n’as pas aimé ta matinée avec elle?

-Qu’est-ce que vous me faites, m’énervai-je alors que je vent s’arrête brusquement de faire trembler les feuilles autour de nous. Vous me faites le coup du «on s’inquiète pour toi»? On s’était promis de ne jamais se faire ça.

-Oui, mais on s’inquiète vraiment pour toi.

-Vous ne comprendriez pas.

-Alors explique!

-Elle ne voudra pas rester, éclatai-je sous la pression. Elle va repartir et elle ne voudra jamais revenir.

-Pourquoi? Me demande Beck d’un air plus compatissant qu’a son habitude.

-Mon grand-père la déteste. Il a dit qu’elle était morte pour lui, avouai-je en bouillonnant de rage contre ce vieil homme qui m’a pourtant élevé quand  ma mère avait choisi de nous abandonner.

-Alphonse ne déteste personne, dit Nelly, elle-même surprise par ses propos.

-Faut croire qu’il a su faire une exception. Elle est humaine. Elle n’est pas comme nous.

-C’est surement retardataire, affirme-t-elle avec conviction. Si Alice n’était vraiment qu’une simple humaine, elle serait déjà morte. Elle ne doit pas être aussi humaine que ça.