1. juin, 2018

Partie 25

Toujours ébranlée, je tâte mes membres. J’observe mes paumes, puis le dos de mes mains. Je regarde un peu les alentours. Ainsi, je m’assure que ma vue est bel et bien revenu. Par contre, je n’ose pas me retourner vers la plage. Effrayer d’y voir quoi que ce soit. Bien qu’a un moment, j’aie pu me sentir en sécurité au contact de cet individu, d’une certaine façon, l’inquiétude stagne dans mon esprit. Je ne saurais pas vraiment mettre des mots sur ce que je ressens en cet instant. À vrai dire, je n’en ai pas vraiment envie.

Je reprends mon plan d’origine et continue de marcher en direction du sommet. Distraitement, je passe le doigt sur mes lèvres. Un clignement me suffit pour sortir de ma torpeur et m’obliger à penser à autre chose. Je me mets à tripoter la chevalière de mon père. J’imagine parfois son visage. Son sourire. Ses yeux quand il rit. Moi je ne ris pas très souvent. J’en suis consciente. Je suis également consciente de paraître morose pour les autres. C’est étrange. Le domaine, lui, ne me fait pas sentir morose. Je me rappelle avoir été émerveillée par les pégases quand Cassandra m’a emmenée les voir. Je me suis sentit réconfortée. À ma place.

            Rapidement, je réussi à atteindre le sommet. Le soleil est un peu plus clair que quand je suis partit de la résidence. Il doit être aux alentours de dix heures. J’avance vers la clairière. Les chevaux ailés me regardent sans vraiment porter attention à ma présence. Je continue ma route tranquillement, les contournant au passage. Puis, un museau me pousse brusquement dans le dos. En me retournant, je comprends qu’il s’agit du pégase que j’ai enlacé la dernière fois.

            -Salut, mon grand, dis-je en caressant sa tête noire.  

            -En fait, c’est une femelle, hurle la voix essoufflée d’une jeune fille.  

            Je me retourne, surprise. Elle se dirige vers moi en trottinant. Elle a l’allure d’une sorte de cavalière médiévale. Ses pantalons semblent en cuir lacé et ses bottes sont assortit à son t-shirt bourgogne, lui-même complété d’un corset lacé devant et peut-être aussi derrière. Elle arbore une chevelure châtaine argenté tressée grossièrement vers l’arrière. Je la vois parce que c’est cheveux volent au vent et fouettent ses épaules à chaque foulée. Elle s’arrête à un ou deux mètres de moi.

            -Tu viens du Lac Mouillé? Me dit-elle en reprenant son souffle.

            Je m’observe un moment. Mes vêtements sont encore un peu trempés.

            -Quel sens de l’observation! Répondis-je d’un ton sarcastique en souriant.

            -Ho, non, s’exclame-t-elle en me regardant de haut en bas. Je ne parlais pas de toi. Le Lac Mouillé, c’est le nom du lac.

            -Oups, désolé.

            -Je suis Nellya, se présente-t-elle en me tendant sa main.

            -Alice, dis-je en la prenant, tandis-ce que le pégase noir suit mon mouvement pour se positionner à mes côté et pousser tendrement sa grosse tête contre la mienne.

            Nellya le regarde amusé avant de reporter son attention sur moi.

            -Tu es la sœur de Caleb?

            -Oui. Tu le connais?

            -Bien sûr, c’est le petit-fils du gardien. Dit-elle en tentant d’approcher sa main du museau de la bête qui tend le coup vers l’arrière pour éviter le contact. Et l’un de mes meilleurs amis, je l’avoue.

            -Ha bon.

            -Tu sais, c’est rare d’arriver à créer un aussi bon lien avec un pégase sauvage. Surtout aussi rapidement. Tu devrais peut-être lui trouver un nom.

            Je me retourne vers l’animal ailé qui cherche frénétiquement ma main sur ma cuisse. Je lui attrape le museau et la caresse.

            -Appelle-la Black Beauty. Elle est noire et jolie.

            -Je ne sais pas. Tous les chevaux noirs s’appellent comme ça. J’avais pensée à un truc original comme Charbon.

            -C’est beau, mais pour un mâle.

            J’ai déjà l’impression que Nellya et moi sommes en train de devenir amies.

            -Alors Ikatz. C’est charbon en Basques.

            -Tu parles le Basques toi? S’étonne-t-elle.

            -Non, mais ma mère au Québec a étudié les langues.  

            -Ça sonne comme un chat.

            -Ika!

            -J’aime bien, approuve Nellya en souriant.

            -Et toi, dis-je en m’adressant à la principale intéressée.

            Elle hennit joyeusement en tapant du sabot sur l’herbe. Puis elle presse son museau sur ma joue. Je crois que cela veut dire oui. Moi et Nellya éclatons de rire, pendant que je caresse la crinière d’Ika.