29. juin, 2018

Partie 27

Je me lève en étirant chaque membre de mon corps. Mes yeux sont encore dans le brouillard. J’enfile mes chaussons, puis me dirige vers la terrasse de ma chambre. En posant mes mains sur la rambarde, étire mon cou, ferme les yeux, lève le menton vers le ciel et prend une grande bouffée d’air imprégné de rosé et de sapin.

            -Alice, cri la voix de Caleb en bas.

            -Caleb, dis-je baissant la tête pour l’apercevoir.

            -Entraînement de tir dans une heure?

            Je hoche la tête et le regarde s’enfoncer entre les arbres derrière la propriété. En me tournant la tête vers l’intérieur, quelque chose attire mon attention sur la barrière de bois vernis. Un objet brillant. Je m’approche, curieuse. C’est un coquillage. Une conque. Comme ceux dans les films qui sont censés nous faire entendre la mer. Je le prends de la main gauche et le dépose sur la droite. Je le soulève pour mieux l’observer. Quelque seconde plus tard, dans une éclaboussure, le coquillage éclate en une masse d’eau et s’écoule à mes pieds. Dans ma main, à l’endroit où se trouvait le coquillage, se tient maintenant une rose magenta dont la tige entre mes doigts me fait penser à du cristal. 

J’ai déjà vu un tel procédé de transformation. Au lac l’autre jour. Ce mystérieux dragon marin transformé en homme. Il s’agit sans doute d’un message, ou d’une invitation. Un sourire étire mes lèvres. Je porte la fleur à mon nez. Elle a une odeur d’écume et de lotus. Je rentre et la dépose sur la commode à côté de la photo de mon père. J’enfile la chevalière avant de me changer et mettre des vêtements plus appropriés pour un entraînement. C’est-à-dire, un short en jean avec un débardeur corail à bretelle large. Oui, je croyais que ce serait un été de genre vacance, et non découverte d’un domaine caché où l’on doit savoir tirer à l’arc pour rencontrer des gens et s’intégrer. J’ajoute un cardigan bleu marine sans manche et rejoint Caleb sur la base d’entraînement.

Nous avons déjeuné à la boulangerie comme à chaque matin  avant de nous rendre sur place pour l’entraînement. La journée s’est bien déroulée. Nellya nous a rejointes au cours de l’après-midi. Caleb m’a raconté que le tir à l’arc n’était qu’une première étape et que lorsque je serai suffisamment douée, je pourrai passer à des armes plus… magiques.

-Il y a des sabres, des épées, des boulets, des massues et même des fusils à impulsion magique.

-Des fusils à impulsion magique, dis-je incrédule, mais je me radoucis. J’ai déjà choisi mon arme.

-Apprend d’abord à viser, me fait-il remarquer alors que ma flèche cours déjà se loger dans la planche de bois sous la cible.

La journée d’entrainement terminée, avec Nellya et Beck, nous allons marcher un peu près du village des dépendances. Une voix interpelle Caleb. Celle-ci ne semble pas vraiment embellir sa journée. Il grimace douloureusement. Nous nous retournons et un garçon avance vers nous. Ses yeux sont d’un bleu océanique profond. Ses cheveux blonds virevoltent au vent et laisse voir ceux qui sont rasé près de la nuque. On dirait qu’il est sorti de la douche et qu’il a décidé de garder la coiffure naturellement formé pendant le séchage. Il porte un pantalon beige d’étudiant d’école privé, mais il a la barbe de cinq jours d’un gars dans la vingtaine. Il arbore un sourire forcé, dédaigneux et hautain.

-Cally, dit-il en frappant Caleb à l’épaule avec sa paume.

-Arrête de m’appeler Cally, Dale, rétorque mon frère au bord de la crise de nerd.

-Tien-tien, ajoute-t-il en me regardant avec insistance et en essayer d’écarter Caleb de son chemin, mais il me tire derrière lui. Une nouvelle arrivante. Elle est de quelle race celle-là? Elfe, magicienne, dryade? C’est peut-être une petite sirène.

Son regard devient aguicheur. À ce moment, les vieux cours d’auto-défense  de Jed me reviennent en mémoire. Ce ne sont pas des arts martiaux ni un style de combat particulièrement magique, mais il a su faire ses preuves en cas de nécessité. Je force Caleb à se décaler et avance vers ce Dale sous le regard interrogateur de mon frère.  Celui de Dale, lui, semble soudain éprit d’un rictus amusé. Je lui fais face. La tête haute. Je plante mes yeux dans les siens et sans crier gare, je lui écrase les grelots avec mon genou. Il se plie de douleur, alors j’en profite pour lui écraser le pied avec ma botte. Il me lance un regard meurtrit sous sa couette folle en se tenant fermement les bijoux. Je lui adresse un sourire en coins et me retourne vers Caleb. Il pouffe de rire et souffle un mot.

-Respect!

Nellya et Beck éclate de rire et nous l’abandonnons là, concentré dans sa douleur. Puis, je l’entends prendre une grande respiration et un grognement plus tard, sa voix se fait de nouveau entendre.

-Hey, Alice au pays des merveilles!

Caleb se retourne vers lui, le poing en alerte. Je l’arrête. J’emprisonne son poignet dans ma main.

-Comment connais-tu mon nom?

-Les nouvelles vont vites ici, articule-t-il avant de reprendre son chemin dans la direction opposé.

Cette rencontre a rendu tout le monde tendu, je ne m’attendais pas à ce qu’une ambiance puisse être aussi lourde.