17. juil., 2018

Partie 28

En entrant dans ma chambre, je retire la chevalière de mon père et la dépose près de sa photo. Juste à côté de la rose à la tige de cristal. Honnêtement, avec sa transformation de ce matin, je pensais la trouver dans un état liquide, inondant le plancher de ma chambre. Elle est toujours là. Belle et spéciale. Je la prends dans mes mains et la porte à mon nez. Je respire sa bonne odeur comme si c’était de nouveau la première fois. Ça fait quelques jour que je ne suis pas retournée au lac. Je croyais pouvoir oublier. Apparemment non.

Je respire profondément et repose la fleur sur la commode avant d’enfiler mon cardigan et mes ballerines. Je sors et descends l’escalier à pas de souris. En passant la tête dans l’arche qui donne sur le salon, j’aperçois mon grand-père dans son fauteuil en train de lire près du feu. Je quitte la maison silencieusement en tâchant de ne pas faire trop de bruit en fermant la porte d’entrée principale. La lune est déjà levée.

Je me dirige vers l’entrée du garage. Je vais utiliser la voiturette pour me rendre au lac cette fois. 

Je freine près du lac, légèrement à l’écart du chemin de terre. Je descends et plis mon cardigan en x sur mon ventre. L’air est frais. Je sens déjà l’odeur de l’eau et le son des vagues sur le rivage. J’avance timidement sur la plage en frictionnant mes bras de mes mains pour me réchauffer.

L’air ne change pas. Je ne sens aucune présence. Déçue, je laisse mes épaules s’affaisser et m’assied sur le sable en indien. Il fait noir. La lumière de la lune se reflète dans l’eau comme un miroir lustré. L’ambiance est enchanteresse, mais mon inconnu ne se montre pas. 

Le temps passe. Mon énergie avec lui. La surface de l’eau ne fait pas un seul remous. La fatigue me pique. Mes yeux commencent à cogner des clous. Quelques minutes suffisent à mon corps pour commencer à sombrer tranquillement. Je m’allonge sur toute ma longueur avant de ramener mes genoux près de mon ventre et d’unir mes mains sous ma tête comme un oreiller.

Lorsque je me réveille, l’air porte la rosée rafraichissante et le sable est humide et chaud sur ma peau. Quand j’essaie d’ouvrir les yeux, je m’aperçois que je suis de nouveau aveugle et une respiration lente et joyeuse résonne près de moi. Je me redresse un peu plus précipitamment que je ne l’aurais voulu.  

-N’est pas peur, dit sa belle voix râpeuse. Je voulais te regarder dormir un instant.

-Je n’ai pas peur, réponds-je en le cherchant à tâtons sur le sable.

Il attrape ma main et la dépose sur son torse.

-C’est la première fois que tu reviens. As-tu peur?

-Non.

Il dépose un baiser sur mon épaule. Je prends une longue respiration. Être ainsi près de lui sans pouvoir le voir, mon cœur palpite. Mes mains tremblent, j’espère qu’il ne l’a pas remarqué. Nous restons ainsi, jusqu’à ce que le soleil devienne chaud. Nous discutons de tout et de rien. Jed, Élisa, ma première rencontre avec mon grand-père. Il fut surpris d’apprendre la façon dont ce dernier me traite. Selon lui, Alphonse aime tout le monde. Pourquoi serais-je l’exception à la règle. Troublée, je reste froide pendant un instant. Il réussit pourtant à détendre l’atmosphère en laissant traîner ses doigts sur ma peau en gloussant, taquin. Chatouilleuse davantage que je ne le voudrais depuis bébé, j’arrive difficilement à me retenir de rire. Chose qui le fit rigoler à son tour.

Je me mets soudain à remuer. J’allais oublier. J’ai encore un entraînement de tir avec Caleb aujourd’hui.

-Quelle heure il est?

Je le sens bouger et s’éloigner lentement de moi.

-Environ midi, je crois. Pourquoi?

Sa main se pose sur mon genou.

-Tu as quelque chose de mieux à faire?

Il reprend son attitude enjôleuse. Je m’écarte, paniquée. Je deviens inconfortable. J’aimerais me lever, mais aveuglée comme je le suis, je ne trouve pas le courage de le faire.

-Qu’est-ce qu’il y a, s’inquiète-t-il.

-Je dois voir mon demi-frère.

-Je vois, je te ramène à ton véhicule.

Il me prend les coudes en vue de m’aider à me relever. Mes mains trouvent ses épaules humectés par l’eau saline du lac.

-Tu me laisseras voir ton visage?

J’ose prononcer cette phrase sans même y réfléchir. Il s’arrête d’un coup sec dans son geste avant de me laisser retomber sur le sable. Il dépose un dernier baiser sur mon front. Puis, je sens une brise froide me rafraîchir le visage, l’eau couler sur mes joues. Ma vision revient petit à petit. Bientôt j’arrive parfaitement à me repérer dans mon espace. La plage est plus belle de près que de loin. Lui, par contre, est partit. Le bord du lac est désert. Comme hier soir. En essayant de grimper sur mes pieds, ma paume s’écrase sur un objet dur. Un pendentif d’un vert particulier. Ça a la texture du bois mais le lustre d’une pierre précieuse. Le bijou est monté sur une chaîne noire, bien simplement. Je comprends qu’il s’agit là d’un autre cadeau de l’inconnu. Croit-il pouvoir m’acheté ou se montre-t-il simplement attentionné? Ou même romantique?

C’est un mystère, mais je sais une chose. J’ai envie de revenir.