16. sept., 2019

Partie 39

Avec Nellya, cela fait quelques minutes que nous nous baladons dans la dimension avec les portes. Apparemment, elle ne m’a pas encore montré ce qu’elle voulait me montrer à la base. 

 

-Cet endroit est immense, dis-je émerveillée. Où mènent toutes ces portes?

-On ne sait pas. Enfin! Pas pour toutes. La plupart d’entre elles débouchent sur des mondes dont nous n’avons pas encore accès. 

 

J’approche une porte au hasard. Le cadre est noir avec des dorures en serpentin et le centre, également doré, est mitraillé de tâches rougeoyantes. J’attrape la poignée et essaie de la tourner, mais rien n’y fait, elle ne bouge pas d’un centimètre. Au bout de quelques secondes de zigonnage, le métal de la poigné m’envoie un choc électrique tellement puissant, que les racines dans mes bras se mettent à tressaillir nerveusement, provoquant une douleur lancinante. Je pousse un petit gémissement. Inquiète, Nellya me rejoint aussitôt près de la porte et alors qu’elle s’apprête à me prendre par le bras, je l’arrête gentiment de mon autre main. 

 

-Je vais bien!

 

Elle me regarde insistante et je lui fais un sourire pour la rassurer. 

 

-C’est un système de défense, m’explique-t-elle. Plus tu insistes, plus la décharge est importante. Viens, c’est par là!

 

Je la suis et nous traversons une sorte de pont entre le champs des portes et un arbre assez impressionnant. J’en reconnais facilement l’espèce pour en avoir déjà vu un dans un article de journal. 

 

-C’est un banian, non? Tentai-je. 

-Exact. 

 

Sur le tronc de l’arbre se dessine tranquillement les contours flous et irréguliers d’une autre brèche comme celle que nous avons dû traverser pour entrer dans la dimension des portes. 

-Celle-là mène où?

-La dimension des guerriers. C’est là que sont stockés toutes les armes magiques, dont ma magnifique lance à lame de cristal.

 

Elle me prend alors la main toute excitée et me guide en travers de la brèche. En émergeant, je me rend compte que nous ne somme plus du tout dans la lumière. L’ambiance est sombre, mais de petites sphères lumineuses et colorées égaient les ténèbres. Elle semblent toute s’écarter à notre passage. Sauf une. Un petite sphère rougeâtre avec une chétive touche de doré vient tournoyer autour du bras de mon amie. Nellya lève tranquillement sa main avec assurance, en attendant patiemment qu’elle ait fini de tourner et qu’elle vienne se blottir dans sa main. À ce moment-là, graduellement, la lance commence à apparaître. Le bois du manche s’entrelace et se tresse jusqu’à atteindre une longueur raisonnable. Puis, au bout de la lance, se matérialise une lame en cristal transparente dans un éclat de lumière. 

 

-Voilà, me dit-elle fièrement, le regard brillant par la lumière des sphères.

-Elle est magnifique. Comme cet endroit. 

 

Un silence s’installe. J’ignore pourquoi.

 

-Je suis désolé.

-Pourquoi?

-Tu ne pourras pas en avoir, m’annonce-t-elle en pointant sa lance. Tu as la chance d’être la petite fille du doyen, mais tu n’a pas de magie. 

 

J’ai dû paraître triste pour qu’elle se sente obligé de s’excuser et de me donner des explications. Je m’approche d’elle, un peu timidement, et la prend dans mes bras pour essayer de faire disparaître un peu sa culpabilité. 

 

-T’inquiète pas, j’en suis très heureuse. Je trouve ce lieu splendide. Merci de me l’avoir montré.

 

Je la relâche et vois sur sa bouche se dessiner un faible sourire. Je fais de même et son sourire s’élargit de plus bel. Elle relâche alors sa lance dans le vide, qui se met à flotter tranquillement et à reprendre sa forme de sphère lumineuse. Puis, nous reprenons la direction de la brèche en rigolant. 

 

Quand la jambe de Nellya finit de traverser la brèche, je commence à sentir une légère chaleur au bas de la mienne. En baissant les yeux, je vois un petite sphère verte claire avec des touches de bronze éclairer les racines de ma jambe sous mon pantalon. Surprise, je la lève nerveusement pour la dégager et disparaît dans la brèche.