8. juin, 2020

Partie 40

Le chemin de retour vers la planque de mon père est interminable. La sorcière vole mollement au-dessus du sol. Xal, derrière elle, tire une mine épouvantable. Moi et Beck marchons derrière. Personne n’ose prononcer un mot. On ne connait toujours pas son nom. Elle n’a pas voulu le mentionner. Ses mouvements restent pourtant fluides, esquivant les arbres d’une danse adroite entre les branches. 

 

Sa cape au vent laisse entrevoir une armure en cotte de mailles parfaitement ajustée à la forme élancée de son corps. Ses cheveux roux évoquent la braise ardente d’un feu de forêt. Elle m’inspire cependant beaucoup de tristesse. Le visage d’Alice me revient en tête. Son visage rougit sur le chemin des dépendances. 

 

Nous arrivons enfin au village que nous avions quitté plusieurs heures plus tôt. Une vision d’horreur. En plein centre de la place, mon père affrontant une vingtaine de créatures de l’ombre avec adresse. Sans attendre, je commence à courir pour fondre dans la mêlée, mais un grand mur de feu me freine aussitôt dans ma course. Je me retourne pour interroger du regard mes compagnons de marche que je venais à peine de dépasser. En l’air, la sorcière agite les mains. Les goutes de sueur qui coulent sur son cou me font comprendre qu’elle essaie de maintenir le contact avec le mur. Xal l’ignore et traverse les flammes sans problème en laissant derrière lui, une trainée de tisons bleus électriques. 

 

-Laisse-nous nous battre, rage Beck.

-Non, c’est MON boulot.

-Fallait le faire avant, s’énerve-t-il de plus belle. Je vais pas laisser Xal lutter seul.

-Il n’est pas seul. 

 

Elle ne réagit pas d’un cil, trop concentrée sur le mur. Son visage est dur. Elle déplie les jambes et les redit pour se donner plus de tonus et de force.Je me crispe.

 

-Désolé, mais ce n’est pas tellement rassurant.

 

Elle finit par tourner la tête dans notre direction, puis la dépasse, ne nous donnant maintenant accès qu’à son profil.

 

-Xal et moi nous chargeons de sortir le mage des Ombres de là. Prenez en charge les civils. 

 

Je déglutis de surprise et croise le regard de Beck avant de laisser le mien dériver vers les alentours. 

 

-Quels civils?

 

Les gémissements de mon père en plein combat et les rugissements du tigre de feu me font hésiter un instant. Mes mains faisant trembler le pommeau de mon sabre.

-Trouvez-les et faites-les évacuer, insiste-t-elle dans une inspiration douloureuse. 

 

Pas le choix.On ne fait pas un pas qu’elle nous arrête.

 

-Attendez!

 

La sorcière aux ailes de feu agite ses plumes frénétiquement le temps d’un instant, s’élevant un rien plus haut dans les airs. Deux plumes ardentes tombent, se prenant dans le vent à la manière d’une samare. 

 

-Liez-les à vos armes, elles les rendront plus efficaces contre les Ombres, mais prenez garde! Un seul contact direct suffira pour vous tuer en l’espace de quelques minutes. 

 

Nous tendons nos armes et laissons les plumes s’y déposer. Une lueur écarlate jaillit de mon sabre avant de revenir à son état d’origine. Nous abandonnons ensuite la sorcière derrière nous et courons vers les rues connexes. Je doute que j’aie vraiment le choix de la laisser se charger de se battre aux côtés de mon père. Dans mon élan, un dernier coup d’oeil en arrière me permet de la voir briser son mur de flamme de se jeter dans la mêlée.

 

Je me reconcentre vers mon objectif premier et talonne Beck en direction des maisons, laissant, à notre tour, des tisons sur notre route.